L’armée américaine se prépare à une opération militaire prolongée contre l’Iran
Les États-Unis s’attendent à une riposte iranienne susceptible d’entraîner un échange de frappes dont les répercussions pourraient affecter l’ensemble du Moyen-Orient.
Deux responsables américains ont déclaré à Reuters que l’armée américaine se prépare à l’éventualité d’opérations continues pouvant durer plusieurs semaines contre l’Iran si le président Donald Trump en donnait l’ordre, dans un scénario susceptible d’évoluer vers un conflit bien plus grave que tout ce que les deux pays ont connu jusqu’à présent.
Ces déclarations, faites sous couvert d’anonymat en raison du caractère sensible des plans évoqués, accroissent les risques pesant sur les efforts diplomatiques en cours entre Washington et Téhéran. Les émissaires américains Steve Witkoff et Jared Kushner doivent tenir des négociations avec l’Iran mardi prochain à Genève, avec la participation de représentants du Sultanat d’Oman en qualité de médiateurs.
Plus tôt samedi, le secrétaire d’État américain Marco Rubio a averti que, bien que Trump privilégie un accord avec Téhéran, « cela reste extrêmement difficile ».
Des diplomates américains et iraniens se sont rencontrés la semaine dernière à Oman afin de tenter de relancer la diplomatie autour du programme nucléaire iranien, après que Trump a déployé des forces militaires dans la région, alimentant les craintes d’une nouvelle action militaire.
Vendredi, des responsables américains ont indiqué que le Pentagone enverrait un porte-avions supplémentaire au Moyen-Orient, accompagné de milliers de soldats, d’avions de combat, de destroyers lance-missiles et d’autres moyens de frappe et de défense.
S’exprimant devant des troupes américaines sur une base en Caroline du Nord, Trump a déclaré qu’il avait été « difficile de parvenir à un accord » avec l’Iran, ajoutant : « Parfois, il faut susciter la crainte. C’est la seule chose qui résout vraiment le problème. »
Le président américain a également évoqué publiquement la possibilité d’un changement de régime en Iran, affirmant que « cela semble être la meilleure chose qui puisse arriver », sans préciser qui il souhaiterait voir accéder au pouvoir. « Depuis 47 ans, ils parlent et parlent encore », a-t-il ajouté.
Trump a longtemps exprimé son scepticisme quant à l’envoi de forces terrestres en Iran, déclarant l’an dernier que « la dernière chose que l’on souhaite est d’utiliser des troupes au sol ». Les capacités militaires actuellement déployées suggèrent principalement des options de frappes aériennes et navales.
Interrogée sur les préparatifs d’une éventuelle opération prolongée, la porte-parole de la Maison-Blanche, Anna Kelly, a déclaré que « le président Trump maintient toutes les options sur la table concernant l’Iran », précisant qu’il écoute divers points de vue avant de prendre une décision fondée sur l’intérêt national et la sécurité des États-Unis.
L’an dernier, les États-Unis avaient envoyé deux porte-avions dans la région lors de frappes contre des sites nucléaires iraniens. Toutefois, l’opération Midnight Hammer en juin avait constitué une frappe ponctuelle menée par des bombardiers furtifs partis des États-Unis. L’Iran avait alors lancé une riposte limitée contre une base américaine au Qatar. Selon les responsables, la planification actuelle serait plus complexe.
L’un d’eux a indiqué que les cibles potentielles pourraient inclure des installations gouvernementales et sécuritaires iraniennes, et pas uniquement des infrastructures nucléaires.
Des experts estiment que les risques pour les forces américaines seraient considérablement plus élevés face à l’arsenal important de missiles dont dispose l’Iran, et que des représailles iraniennes pourraient déclencher un conflit régional.
Trump a menacé à plusieurs reprises de bombarder l’Iran en raison de ses programmes nucléaire et balistique, ainsi que de sa répression intérieure, avertissant que l’alternative à une solution diplomatique serait « très douloureuse ».
Les Gardiens de la révolution iraniens ont, de leur côté, averti qu’en cas de frappes sur le territoire iranien, toute base militaire américaine pourrait être prise pour cible. Les États-Unis disposent de bases dans plusieurs pays du Moyen-Orient, dont la Jordanie, le Koweït, l’Arabie saoudite, le Qatar, Bahreïn, les Émirats arabes unis et la Turquie.
Lors de sa rencontre avec Trump à Washington, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou a affirmé qu’un éventuel accord avec l’Iran devrait inclure « des éléments essentiels pour Israël ».
Selon Axios, Trump aurait convenu avec Netanyahou de la nécessité de réduire les exportations pétrolières iraniennes vers la Chine. Un haut responsable américain cité par le média a déclaré qu’un effort maximal serait déployé pour exercer une pression accrue sur les ventes de pétrole iranien à Pékin.
La Chine, qui absorbe plus de 80 % des exportations pétrolières iraniennes, a réagi en affirmant que la coopération normale entre États dans le cadre du droit international devait être respectée.
Parallèlement, l’Iran a indiqué être disposé à discuter de restrictions sur son programme nucléaire en échange d’un allègement des sanctions, tout en excluant toute négociation sur ses missiles. Le vice-ministre iranien des Affaires étrangères, Majid Takht Ravanchi, a déclaré à la BBC que Téhéran était prêt à envisager des concessions si les États-Unis se montraient disposés à lever les sanctions.
Le Canada est également intervenu dans le débat. La ministre canadienne des Affaires étrangères, Anita Anand, a déclaré que son pays souhaitait un changement de gouvernement en Iran, tout en annonçant de nouvelles sanctions contre sept personnes liées aux autorités iraniennes.
Enfin, l’opposant iranien Reza Pahlavi, fils de l’ancien Shah renversé en 1979, a estimé qu’une intervention militaire américaine pourrait sauver des vies et accélérer l’effondrement du régime. Il a exprimé l’espoir qu’une telle action permette au peuple iranien de retourner dans la rue et de mener à terme le processus conduisant à la chute du pouvoir en place.
