L'Europe

Les fonds des Frères musulmans en Europe sous surveillance : examen des méthodes de transfert


Les actifs, fonds et biens des dirigeants des Frères musulmans en Europe sont devenus une cible probable d’une série de mesures, à la suite de l’interdiction américaine visant plusieurs branches de l’organisation.

Selon des rapports médiatiques, les services de renseignement et de sécurité de plusieurs pays européens ont identifié des circuits par lesquels des dirigeants influents des Frères musulmans transfèrent leurs capitaux hors du continent européen. Ces derniers auraient, ces derniers mois, procédé au démantèlement et à la vente de leurs biens immobiliers et de leurs installations.

D’après les mêmes sources, une partie de ces fonds serait transférée vers des pays d’Asie de l’Est par le biais de mécanismes commerciaux en apparence légitimes, tels que des partenariats avec des sociétés d’import-export ou des individus sans lien organisationnel officiel avec le mouvement. Ces personnes créeraient des entreprises en Europe afin d’effectuer des transferts financiers sous couvert d’importation de marchandises.

Des observateurs estiment que cette démarche intervient dans un contexte où des mesures européennes pourraient fragiliser la structure financière des Frères musulmans, notamment après leur désignation comme organisation terroriste dans plusieurs pays, dont les États-Unis, l’Égypte et la Jordanie.

Toujours selon ces rapports, l’Europe connaît une coordination accrue dans le traitement de ce dossier. Toutefois, des progrès réels dépendront de la résolution de la question des dons transitant par des associations caritatives liées au mouvement.

Méthodes de transfert

Le Dr Amr Farouk, chercheur spécialisé dans les mouvements islamistes, a déclaré que les institutions des Frères musulmans en Europe sont des entités et entreprises officiellement enregistrées, et que la crainte d’un suivi de certaines d’entre elles poussera l’organisation à rechercher des alternatives.

Il a ajouté que le mouvement cherchera à transférer des fonds d’Europe vers certains pays asiatiques ainsi que vers des États d’Afrique de l’Ouest ou d’Afrique australe où il dispose d’une présence.

Il a souligné qu’il est peu probable que l’organisation envisage de transférer ses capitaux vers la région arabe, compte tenu de son interdiction dans un grand nombre de pays et de sa qualification d’organisation terroriste dans d’autres.

Selon lui, en Europe, la mise sous surveillance ou la confiscation d’institutions ou de fonds nécessite une longue série de procédures juridiques. Il a également évoqué l’existence d’alliances entre les Frères musulmans et certaines forces politiques européennes, susceptibles de retarder d’éventuelles décisions de classification comme organisation terroriste dans certains pays.

Il a ajouté qu’il n’existe pas de refuge totalement sûr pour l’organisation, en raison d’un réveil progressif des autorités face à ses activités dans de nombreux États.

Il estime que les Frères musulmans tenteront de régulariser la situation de leurs institutions financières en Europe, voire de contourner les mesures en fermant les entités connues pour leur affiliation et en ouvrant de nouvelles structures au nom de personnes dont l’appartenance n’est pas connue.

Il a rappelé que le mouvement a tiré parti des marges de liberté existant en Europe, où les procédures d’interdiction ou de confiscation exigent généralement des preuves de liens avec des actes de violence, de terrorisme, d’incitation ou avec des individus inscrits sur des listes terroristes.

Assèchement des sources de financement

De son côté, l’expert sécuritaire, le général de division Moustafa Darwish, a déclaré que l’assèchement des sources de financement des Frères musulmans constitue la première étape pour réduire la dangerosité de l’organisation.

Il a affirmé que l’Europe a pris conscience tardivement des risques liés au mouvement, notant que certains pays européens avaient autrefois accueilli ses dirigeants, avant que leur dangerosité ne devienne manifeste, y compris pour ces mêmes États.

Selon lui, l’interdiction imposée par l’administration du président américain Donald Trump aux branches des Frères musulmans en Égypte, en Jordanie et au Liban accélérera l’adoption de mesures similaires en Europe.

En janvier dernier, l’administration Trump a classé les branches des Frères musulmans en Égypte, en Jordanie et au Liban comme « organisations terroristes » et leur a imposé des sanctions, ainsi qu’à leurs membres.

Le secrétaire d’État américain Marco Rubio a déclaré que ces mesures constituent une première étape dans les efforts visant à contrer les actes de violence commis par certaines branches du mouvement.

Il a ajouté que l’administration américaine utilisera tous les outils à sa disposition afin de priver ces branches des ressources susceptibles de soutenir des activités terroristes.

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