Une société de sécurité américaine cherche un nouveau rôle à Gaza malgré les critiques
Une société de sécurité américaine, qui avait auparavant déployé d’anciens combattants pour protéger des sites d’aide humanitaire à Gaza, a indiqué qu’elle menait des discussions avec le Conseil pour la paix, parrainé par le président américain Donald Trump, en vue d’un rôle futur dans l’enclave. Cette initiative intervient après que l’entreprise a fait l’objet de critiques de la part des Nations unies à la suite d’incidents sanglants survenus dans ses points de distribution.
La société UG Solutions a révélé ces informations inédites après que Reuters a rapporté qu’elle procédait au recrutement de contractuels arabophones disposant d’une expérience au combat pour travailler sur des sites non encore divulgués. Une source informée des projets du Conseil pour la paix a confirmé que des discussions étaient en cours avec l’entreprise.
Basée en Caroline du Nord, UG Solutions avait assuré des services de sécurité pour la Fondation humanitaire de Gaza, soutenue par les États-Unis et Israël, l’an dernier, avant de suspendre ses activités à la suite du cessez-le-feu conclu en octobre entre Israël et le Mouvement de la résistance islamique palestinienne (Hamas).
La Fondation humanitaire de Gaza a été vivement critiquée par les Nations unies et d’autres instances internationales après la mort de Palestiniens qui tentaient d’accéder à ses sites d’aide, situés dans des zones où l’armée israélienne était déployée et ouvrait le feu, causant la mort de centaines de personnes. L’armée israélienne a affirmé que ses soldats avaient tiré en réponse à des menaces et pour disperser des foules.
Un porte-parole d’UG Solutions a déclaré mercredi que l’entreprise avait « soumis des informations et des propositions au Conseil pour la paix dirigé par les États-Unis », organe créé par le président Donald Trump afin de promouvoir son plan visant à mettre fin à la guerre à Gaza.
Il a ajouté : « Notre proposition a été bien accueillie, mais tant que le Conseil pour la paix n’aura pas défini ses priorités en matière de sécurité, UG Solutions planifie en interne plusieurs options possibles pour soutenir les efforts à Gaza. »
Une source au fait des projets du Conseil a indiqué que les discussions se poursuivaient depuis plusieurs semaines avec UG Solutions ainsi qu’avec d’autres parties, sans qu’un accord définitif n’ait encore été conclu.
Le retour éventuel d’UG Solutions dans l’enclave pourrait être perçu par les Palestiniens comme préoccupant, au regard des violences survenues l’an dernier.
Amjad al-Shawa, président du Réseau des organisations non gouvernementales palestiniennes, qui coordonne ses actions avec les Nations unies et des agences humanitaires internationales, a déclaré : « La Fondation humanitaire de Gaza et ceux qui la soutiennent ont du sang palestinien sur les mains et ne sont pas les bienvenus à Gaza. » La Fondation a constamment défendu son approche sécuritaire durant les mois où elle a opéré dans l’enclave.
Le porte-parole d’UG Solutions a affirmé que les contractuels armés de l’entreprise se limitaient à sécuriser les sites d’aide et leurs abords immédiats, sans exercer aucun contrôle sur les mouvements de l’armée israélienne ou des factions palestiniennes armées.
Il a ajouté que des organisations humanitaires et des entités commerciales « cherchent à faire appel à UG Solutions pour les aider dans leurs opérations », dans un contexte marqué par des pillages et des détournements de cargaisons, laissant entendre que le rôle potentiel de l’entreprise pourrait dépasser sa collaboration avec le Conseil pour la paix.
Le plan de Donald Trump pour mettre fin à la guerre à Gaza prévoit une augmentation de l’aide humanitaire, un retrait israélien après le désarmement du Hamas, ainsi qu’une reconstruction placée sous la supervision d’un « Conseil pour la paix » dirigé par le président américain.
Le Conseil doit se réunir à Washington la semaine prochaine afin de lever des fonds et d’aborder d’autres questions. Ces financements serviront à soutenir un plan élaboré par Jared Kushner, gendre de Donald Trump, visant à reconstruire la bande de Gaza par phases, en commençant par Rafah, au sud, dans une zone sous contrôle militaire israélien.
Rafah est l’endroit où la Fondation humanitaire de Gaza avait établi trois de ses quatre sites de distribution d’aide, attirant des Palestiniens en situation de besoin extrême.
Des responsables du secteur de la santé à Gaza ainsi que les Nations unies ont affirmé que les forces israéliennes avaient tué des centaines de Palestiniens qui tentaient d’obtenir de l’aide sur ces sites. Les Nations unies ont qualifié les opérations de la Fondation d’intrinsèquement dangereuses et contraires aux principes humanitaires exigeant une distribution sûre de l’aide.
L’armée israélienne a reconnu que certains Palestiniens, sans en préciser le nombre, avaient été blessés. Elle a déclaré que ses soldats avaient ouvert le feu pour contrôler les foules et faire face à des menaces directes, et qu’elle avait modifié ses procédures à la suite de ces incidents.
Lorsque la Fondation humanitaire de Gaza a cessé ses activités, UG Solutions a indiqué qu’elle demeurerait « la société de sécurité privilégiée pour ceux qui se concentrent sur la reconstruction et l’acheminement de l’aide », conformément au plan de Donald Trump visant à mettre fin au conflit. L’entreprise a publié plusieurs offres d’emploi sur son site internet, information relayée par Reuters mercredi, et a confirmé ses discussions concernant Gaza en réponse aux questions de l’agence au sujet de ces postes.
L’une des offres, pour un poste de responsable international de la sécurité humanitaire, prévoit notamment de « sécuriser les infrastructures essentielles, faciliter les efforts humanitaires et garantir la stabilité dans un environnement actif ». Parmi les qualifications souhaitées figure la maîtrise de l’utilisation des armes légères.
Une autre offre, réservée aux femmes, concerne un poste de responsable du soutien culturel, chargé de veiller à une « distribution de l’aide sûre, efficace et culturellement appropriée ».
Le porte-parole a précisé que ces postes visaient à constituer une équipe en vue de contrats potentiels à Gaza et d’une expansion en Syrie, où l’entreprise cherche à fournir des services dans le secteur pétrolier et gazier.
