Israël associe une milice anti-Hamas à la gestion du poste-frontière de Rafah
L’Autorité israélienne de radiodiffusion a confirmé qu’Israël a autorisé des éléments de la « milice Abou Shabab » à participer au contrôle des Palestiniens entrant et sortant par le poste-frontière de Rafah, dans une démarche présentée comme un prélude à l’octroi de pouvoirs élargis à ce groupe.
L’organisme public israélien a révélé qu’Israël a permis à des membres de la milice « Abou Shabab » de prendre part à l’inspection des Palestiniens transitant par le point de passage terrestre de Rafah, situé entre la bande de Gaza et l’Égypte, ce qui indiquerait une volonté de confier davantage de responsabilités à ce groupe armé opposé au mouvement Hamas.
Dans un rapport publié sur son site officiel, l’Autorité a indiqué qu’« Israël autorise la milice Abou Shabab à participer à la sécurisation et au contrôle des personnes quittant et entrant dans la bande de Gaza via le poste-frontière de Rafah », précisant que cette mesure intervient « dans l’espoir que cette entité assume cette mission de manière permanente ».
Une photographie prise au début de la semaine du côté palestinien du poste-frontière montrerait Ghassan al-Dahini, chef de la milice « Abou Shabab », accompagné de plusieurs de ses membres, selon la même source.
Le rapport ajoute que des informations « indiquent que les membres de la milice sont présents aux abords du poste-frontière, situé dans une zone sous contrôle israélien, avec l’accord d’Israël ».
Vendredi, le quotidien israélien Yedioth Ahronoth a affirmé qu’Israël soutient secrètement des milices armées dans la bande de Gaza en leur fournissant financement, armes et protection sur le terrain, dans le but de les utiliser contre le Hamas. Ces groupes opéreraient dans les zones de déploiement de l’armée, conformément à l’accord de cessez-le-feu.
Le journal a ajouté que l’armée « utilise ces milices pour des missions tactiques limitées, telles que la traque et l’arrestation, ainsi que l’envoi d’éléments pour rechercher des combattants du Hamas dans les tunnels ou parmi les décombres ».
En juin dernier, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou avait reconnu l’armement de milices à Gaza afin de les utiliser contre le Hamas.
À la suite de ces développements, les tensions se sont accrues à Gaza entre le Hamas et ce groupe armé, dans un contexte d’accusations directes formulées par le mouvement, qui reproche à ce dernier d’agir en dehors du cadre national et de coordonner ses actions avec des parties hostiles. Le Hamas a estimé que les activités du groupe constituent une atteinte à la sécurité intérieure, considérant que la formation d’une force armée parallèle représente un défi manifeste à l’autorité de fait dans l’enclave. Le mouvement avait accordé au chef du groupe, avant sa mort, un délai pour régulariser sa situation juridique et se rendre, mettant en garde contre les conséquences de la poursuite de ce qu’il a qualifié de « rébellion armée ».
Selon le Hamas, les actions de ce groupe dépassent le simple désaccord politique et constituent une menace pour la cohésion sociale. Le mouvement a souligné que la prolifération des armes en dehors du cadre officiel ouvre la voie au chaos et affaiblit le front intérieur dans un contexte sécuritaire particulièrement complexe.
Sur le terrain, les forces de sécurité affiliées au mouvement ont mené des opérations ciblées contre des sites soupçonnés d’être utilisés par des membres du groupe, notamment dans les zones orientales de Gaza. Ces opérations ont inclus des perquisitions et des poursuites visant à démanteler la structure organisationnelle du groupe et à limiter sa capacité d’action.
Ces mesures s’inscrivent dans le cadre d’une campagne plus large que le Hamas affirme mener afin de contrôler la situation sécuritaire et d’empêcher l’émergence de formations armées parallèles, dans une volonté de consolider son autorité et d’éviter la création d’un dispositif sécuritaire alternatif dans la bande de Gaza.
En décembre dernier, des médias israéliens ont rapporté « la mort de Yasser Abou Shabab, ancien chef de la milice Abou Shabab, lors d’affrontements tribaux à Gaza ». La tribu des Tarabin, à laquelle appartenait Abou Shabab, a également confirmé son décès, estimant que « son sang a tourné la page de la honte ».
Le 2 février courant, Israël a rouvert de manière très limitée et sous des restrictions strictes le côté palestinien du poste-frontière de Rafah, qu’il occupe depuis mai 2024.
Israël était censé rouvrir le poste-frontière durant la première phase de l’accord de cessez-le-feu, entré en vigueur le 10 octobre 2025, mais ne l’a pas fait.
La guerre lancée par Israël à Gaza le 8 octobre 2023 et qui a duré deux ans a fait plus de 72 000 morts palestiniens et plus de 171 000 blessés, en majorité des enfants et des femmes, et provoqué la destruction de 90 % des infrastructures civiles.
