Accord de paix et élections rapides : les grandes lignes du plan américain pour régler la crise ukrainienne
À la suite de discussions accueillies par les Émirats arabes unis afin de résoudre la crise ukrainienne, les contours d’un règlement potentiel commencent à se préciser, dans un contexte d’efforts américains visant à parvenir rapidement à un accord.
Ces grandes lignes ont été révélées par trois sources informées, indiquant que des négociateurs américains et ukrainiens ont discuté d’un objectif ambitieux consistant à conclure un accord de paix entre la Russie et l’Ukraine d’ici mars. Toutefois, ce calendrier est susceptible d’être retardé en raison de l’absence d’accord sur la question centrale des territoires.
Selon cinq sources, dans le cadre actuellement discuté par les négociateurs américains et ukrainiens, tout accord serait soumis à référendum auprès des Ukrainiens, lesquels voteraient en parallèle lors d’élections générales. Les cinq sources ont requis l’anonymat afin de pouvoir évoquer des délibérations confidentielles.
Trois sources ont précisé que l’équipe de négociation américaine, conduite par l’émissaire spécial Steve Witkoff et Jared Kushner, gendre du président Donald Trump, a exprimé à son homologue ukrainienne, lors de réunions tenues récemment à Abou Dhabi et à Miami, son souhait d’organiser le scrutin dans un délai rapproché.
Deux sources ont ajouté que les négociateurs américains ont indiqué que Donald Trump devrait probablement se concentrer sur les affaires intérieures à l’approche des élections de mi-mandat du Congrès prévues en novembre, ce qui réduirait le temps et la marge de manœuvre politique dont disposeraient les hauts responsables américains pour conclure un accord de paix.
Les discussions d’Abou Dhabi
Le deuxième cycle de discussions parrainées par les États-Unis s’est achevé jeudi à Abou Dhabi par la libération de 314 prisonniers de guerre et l’engagement de reprendre prochainement les pourparlers. Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a déclaré que la prochaine réunion tripartite devrait se tenir prochainement aux États-Unis.
Deux sources ont indiqué que des responsables américains et ukrainiens ont évoqué la possibilité d’organiser les élections et le référendum en mai prochain, mais des sources proches des négociations ont qualifié le calendrier proposé par les États-Unis d’irréaliste.
Les autorités électorales ukrainiennes estiment que l’organisation d’élections nécessiterait environ six mois dans les conditions actuelles.
Un responsable informé a déclaré : « Les Américains sont pressés », ajoutant qu’il serait possible d’organiser un scrutin en moins de six mois, mais que cela demanderait néanmoins un délai conséquent.
L’organisation de telles élections nécessiterait des modifications législatives, la tenue de scrutins étant interdite en Ukraine sous le régime de la loi martiale. Elle serait également coûteuse.
Une source a indiqué que l’Ukraine souhaite un cessez-le-feu pendant toute la durée de la campagne électorale afin de garantir l’intégrité du référendum, soulignant que le Kremlin a déjà violé par le passé des accords de cessation des hostilités.
La source a ajouté : « La position de Kyiv est claire : aucun accord ne peut être conclu avant que les États-Unis et leurs partenaires n’offrent des garanties de sécurité à l’Ukraine ».
La Maison-Blanche a refusé de commenter. Le bureau du président ukrainien et l’ambassade de Russie à Washington n’ont pas répondu aux demandes de réaction.
Doutes et incertitudes
L’Ukraine a envoyé une délégation politique de haut niveau aux pourparlers de paix, comprenant le chef de l’administration présidentielle et le chef du bloc parlementaire. La délégation russe est, quant à elle, dirigée par le chef du renseignement militaire, l’amiral Igor Kostyukov.
Le lieutenant-général Vladimir Alexeïev, adjoint de Kostyukov, a été la cible de tirs à Moscou vendredi, perpétrés par un assaillant inconnu. Le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, a accusé l’Ukraine d’avoir tenté de l’assassiner afin de saboter les pourparlers de paix.
Le ministre ukrainien des Affaires étrangères, Andriy Sybiha, a déclaré à Reuters que Kyiv n’avait aucun lien avec cette attaque.
Un responsable ukrainien a indiqué que Volodymyr Zelensky est ouvert à l’idée d’organiser des élections dans un avenir proche. Les États-Unis ont à plusieurs reprises appelé à la tenue d’élections depuis l’entrée en fonction de Donald Trump en janvier de l’année dernière.
Le responsable a ajouté que Zelensky se dit confiant quant à sa victoire. Sa popularité a reculé depuis le début de l’opération militaire russe en 2022, mais son taux d’approbation demeure supérieur à 50 %, avec une marge confortable.
De nombreuses sources estiment que le principal obstacle à un accord de paix à court terme en Ukraine réside dans le manque de clarté concernant le sort de la région du Donbass, dans l’est du pays.
La Russie exige le contrôle total de cette région dans le cadre de toute solution pacifique potentielle, alors que Kyiv contrôle encore plus de 5 000 kilomètres carrés du territoire. L’Ukraine juge cette demande inacceptable, mais des responsables à Kyiv ont exprimé leur ouverture à des solutions innovantes, telles que la démilitarisation ou l’instauration d’une zone de libre-échange.
Une source informée a conclu : « Aucun progrès n’a encore été réalisé sur la question territoriale ».
