Politique

La diplomatie face à la montée des tensions : attente autour des négociations de Mascate entre Washington et Téhéran


Téhéran et les États-Unis se préparent, ce vendredi, à tenir des négociations à Oman concernant le programme nucléaire iranien, après une semaine marquée par de fortes tensions.

Les deux pays font ainsi leur retour au sultanat d’Oman après plusieurs mois d’échec de cycles de discussions, survenus à la suite de la guerre de douze jours menée par Israël contre l’Iran en juin dernier.

Au cours de ce conflit, les États-Unis ont bombardé des sites nucléaires iraniens, entraînant vraisemblablement la destruction de nombreuses centrifugeuses. Les frappes israéliennes ont, quant à elles, détruit des systèmes de défense aérienne iraniens et visé l’arsenal de missiles balistiques du pays.

Des responsables américains, dont le secrétaire d’État Marco Rubio, estiment que le régime iranien traverse actuellement sa phase la plus fragile depuis la révolution de 1979, notamment après les manifestations qui ont secoué le pays le mois dernier, considérées comme le défi le plus sérieux au pouvoir du guide suprême Ali Khamenei, âgé de 86 ans.

Ces protestations ont fait des milliers de morts et d’arrestations, poussant le président américain Donald Trump à formuler de nouvelles menaces militaires contre l’Iran.

Avec la présence du porte-avions américain USS Abraham Lincoln et d’autres bâtiments de guerre dans la région, ainsi que le déploiement supplémentaire d’avions de combat, les États-Unis disposent vraisemblablement de la capacité militaire nécessaire pour lancer une attaque s’ils le souhaitent.

Il demeure toutefois incertain que de telles frappes suffisent à contraindre l’Iran à modifier son approche, voire à provoquer la chute de son gouvernement.

Alyssa Pavia, chercheuse au sein du Conseil atlantique, a déclaré à l’agence Associated Press : « Le président Trump cherche à encercler l’Iran afin de parvenir à une solution négociée, en exerçant des pressions sur ses dirigeants pour qu’ils consentent à des concessions sur l’accord nucléaire. »

Elle a ajouté : « De leur côté, les Iraniens sont affaiblis par des années de guerres par procuration, une crise économique persistante et des troubles internes. Trump est conscient de cette vulnérabilité et espère l’exploiter pour obtenir des concessions et progresser vers un nouvel accord nucléaire. »

Qui participe aux négociations ?

À quelques heures seulement du lancement des discussions à Mascate, la portée des pourparlers, leur nature et les participants demeurent flous.

Du côté iranien, le ministre des Affaires étrangères Abbas Araghchi est arrivé durant la nuit accompagné de plusieurs diplomates iraniens, selon l’agence de presse officielle iranienne IRNA.

Sur son compte X, Araghchi a écrit : « L’Iran s’engage dans l’arène diplomatique les yeux ouverts et avec une mémoire vive de l’année écoulée. »

Il a ajouté : « Les engagements doivent être respectés. L’égalité, le respect mutuel et les intérêts communs ne sont pas de simples slogans, mais une nécessité et le fondement de tout accord durable. »

Avant la réunion, l’un des principaux conseillers du guide suprême Ali Khamenei a semblé exprimer son soutien au diplomate chevronné de 63 ans.

Sur son compte X, Ali Shamkhani a écrit : « Araghchi est un négociateur habile et stratégique, digne de confiance aux plus hauts niveaux de la prise de décision et du renseignement militaire. »

Du côté américain, les discussions devraient être menées par l’envoyé spécial des États-Unis pour le Moyen-Orient, Steve Witkoff, milliardaire de 68 ans, magnat de l’immobilier à New York et proche allié de Donald Trump.

Witkoff est accompagné dans sa tournée au Moyen-Orient par Jared Kushner, gendre de Trump, qui a récemment présenté des propositions concernant la bande de Gaza et participé à des discussions tripartites avec la Russie et l’Ukraine à Abou Dhabi.

L’agenda des négociations

Les conditions sur lesquelles l’Iran serait prêt à négocier demeurent incertaines.

Téhéran a affirmé que ces discussions se limiteraient strictement à son programme nucléaire. Toutefois, des médias ont rapporté que des diplomates d’Égypte, de Turquie et du Qatar ont présenté à l’Iran une proposition prévoyant la suspension de l’enrichissement de l’uranium pendant trois ans, l’exportation de l’uranium hautement enrichi hors du pays et un engagement à « ne pas initier l’usage de missiles balistiques ».

La Russie a indiqué être disposée à recevoir l’uranium, mais Shamkhani a déclaré plus tôt cette semaine, dans une interview, que la fin du programme ou l’exportation de l’uranium étaient exclues pour l’Iran.

Les discussions n’ont pas non plus abordé la question des alliés régionaux de l’Iran et de leur avenir.

Le secrétaire d’État américain a pourtant affirmé que les pourparlers devaient inclure l’ensemble de ces dossiers.

Marco Rubio a déclaré mercredi aux journalistes : « Je pense que pour que les discussions aboutissent à quelque chose de significatif, elles doivent inclure plusieurs éléments, notamment la portée de leurs missiles balistiques, leur soutien aux organisations terroristes dans la région, leur programme nucléaire et leur traitement de leurs populations. »

Il a ajouté : « Je ne suis pas certain qu’il soit possible de parvenir à un accord avec eux, mais nous allons tenter de le déterminer. »

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