Politique

À la veille des pourparlers de Mascate, cinq étapes ont précédé le retour de l’Iran et de Washington à la table des négociations


L’Iran et les États-Unis s’apprêtent à tenir un nouveau cycle de discussions demain vendredi, à Mascate, capitale du sultanat d’Oman, dans une nouvelle tentative de traiter le dossier nucléaire iranien.

La nuit dernière, le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghtchi, a écrit dans une publication sur la plateforme X que « les négociations nucléaires avec les États-Unis sont prévues à Mascate vendredi vers dix heures du matin », exprimant sa gratitude au sultanat d’Oman « pour avoir assuré toutes les dispositions nécessaires ».

Cette nouvelle phase de discussions intervient après la guerre de douze jours menée par Israël contre l’Iran en juin dernier, ainsi que les manifestations sociales qui ont ensuite balayé le pays. De nombreux États, au premier rang desquels les États-Unis, ont accusé les autorités iraniennes de réprimer violemment le mouvement populaire.

De son côté, le président américain Donald Trump a poursuivi sa politique de pression sur l’Iran, évoquant la possibilité d’une attaque américaine en réponse à la mort de manifestants pacifiques ou en cas d’exécutions massives menées par Téhéran à la suite des protestations.

Parallèlement, Trump a remis le programme nucléaire iranien au cœur de l’agenda politique, après que la guerre de juin a interrompu cinq cycles de négociations organisés l’an dernier à Rome et à Mascate.

Lors de précédentes discussions sur son programme nucléaire controversé, l’Iran avait exclu toute négociation sur son arsenal balistique, estimant que ces missiles, capables d’atteindre Israël, relèvent de sa légitime défense.

À la veille du lancement de cette nouvelle série de pourparlers, voici ce qu’il faut savoir sur le programme nucléaire iranien et les tensions qui continuent de peser sur les relations entre Téhéran et Washington.

La lettre de Trump à Khamenei

Le 5 mars 2025, Donald Trump a adressé une lettre au guide suprême iranien, Ali Khamenei, avant de confirmer son envoi lors d’une interview télévisée le lendemain.

Il a déclaré : « Je leur ai écrit une lettre dans laquelle je disais : “J’espère que vous négocierez, car si nous sommes contraints d’intervenir militairement, ce sera catastrophique.” »

Depuis son retour à la Maison-Blanche, le président américain fait pression pour l’ouverture de négociations, tout en durcissant les sanctions et en laissant entendre qu’une frappe militaire israélienne ou américaine pourrait viser les installations nucléaires iraniennes.

Une précédente lettre envoyée par Trump durant son premier mandat avait suscité une réaction hostile du guide iranien.

En revanche, les échanges épistolaires de Trump avec le dirigeant nord-coréen Kim Jong-un avaient abouti à des rencontres directes, sans toutefois produire d’accord visant à limiter les programmes nucléaire et balistique de Pyongyang, capables d’atteindre le territoire américain.

La médiation du sultanat d’Oman

Le sultanat d’Oman a joué le rôle de médiateur dans les discussions entre le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghtchi, et l’envoyé spécial américain pour le Moyen-Orient, Steve Witkoff. Les deux responsables se sont rencontrés en face à face après des échanges indirects, un événement rare au regard des décennies de tensions entre les deux pays.

Toutefois, le processus n’a pas été totalement fluide. Dans une interview télévisée, Witkoff a déclaré que l’enrichissement de l’uranium par l’Iran à un taux de 3,67 % pourrait être acceptable, soit le niveau fixé par l’accord nucléaire de 2015, dont les États-Unis s’étaient retirés unilatéralement sur décision de Trump.

Par la suite, Witkoff, Trump et d’autres responsables américains ont affirmé que l’Iran ne devait en aucun cas être autorisé à enrichir l’uranium dans le cadre d’un nouvel accord, une position que Téhéran rejette catégoriquement.

Ces négociations ont finalement été suspendues avec le déclenchement de la guerre israélienne contre l’Iran en juin dernier.

La guerre des douze jours et les manifestations massives

En juin, Israël a mené une guerre de douze jours contre l’Iran, au cours de laquelle les États-Unis ont bombardé des sites nucléaires iraniens.

En novembre, l’Iran a reconnu que ces frappes avaient entraîné l’arrêt total de l’enrichissement de l’uranium sur son territoire, bien que les inspecteurs de l’Agence internationale de l’énergie atomique n’aient pas été autorisés à visiter les sites bombardés.

Peu après, l’Iran a été le théâtre de manifestations déclenchées fin décembre à la suite de l’effondrement du rial iranien. Ces protestations se sont rapidement étendues à l’ensemble du pays.

Des militants, des organisations de défense des droits humains et plusieurs États ont évoqué une répression sanglante menée par les autorités iraniennes, ayant causé la mort de milliers de personnes et l’arrestation de dizaines de milliers de manifestants.

Les inquiétudes occidentales

Depuis des décennies, l’Iran affirme que son programme nucléaire est exclusivement pacifique.

Cependant, l’Agence internationale de l’énergie atomique indique que l’Iran est le seul État non doté de l’arme nucléaire à enrichir l’uranium à un taux de 60 %, proche des 90 % nécessaires à la fabrication d’une bombe atomique.

Selon l’accord nucléaire de 2015, l’Iran était autorisé à enrichir l’uranium jusqu’à 3,67 % et à conserver un stock de 300 kilogrammes.

Le dernier rapport de l’AIEA sur le programme nucléaire iranien fait état d’un stock d’environ 9 870 kilogrammes, dont une partie enrichie à 60 %.

Les agences de renseignement américaines estiment que l’Iran n’a pas encore lancé de programme de fabrication d’arme nucléaire, mais qu’il mène des activités qui le placent « dans une position plus favorable » s’il décidait de franchir ce seuil.

Des décennies de tensions entre l’Iran et les États-Unis

Selon l’agence Associated Press, l’Iran, sous le règne du chah Mohammad Reza Pahlavi, « comptait parmi les principaux alliés de Washington au Moyen-Orient ».

La situation a radicalement changé en 1979, lorsque le chah a fui le pays en raison de la maladie et de troubles populaires, avant l’instauration d’un régime dominé par le clergé à la suite de la révolution islamique.

À la fin de la même année, des étudiants iraniens ont pris d’assaut l’ambassade américaine à Téhéran, déclenchant la crise des otages qui a duré 444 jours et entraîné la rupture des relations diplomatiques entre les deux pays.

S’en sont suivis le soutien américain à l’Irak durant la guerre des années 1980, puis des affrontements navals ayant conduit, en 1988, à l’abattage d’un avion de ligne iranien par des tirs américains.

Malgré cela, les relations entre les deux États ont alterné entre périodes de détente et de tensions, culminant avec la signature de l’accord nucléaire en 2015. Toutefois, le retrait de Trump de cet accord en 2018 a ravivé l’escalade régionale, dont les répercussions se font encore sentir aujourd’hui.

 

 

 

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