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Al-Burhan et le démantèlement des anciennes alliances : vers un pouvoir central sans bloc démocratique ni mouvements armés


La rencontre du président du Conseil de souveraineté, Abdel Fattah al-Burhan, avec le bloc démocratique est intervenue à un moment politique charnière, indissociable des profondes transformations que la guerre a imposées à la structure du pouvoir au Soudan. Cette réunion n’avait rien de protocolaire et ne s’inscrivait pas dans une tentative de réhabilitation des anciennes alliances ; elle portait au contraire des messages décisifs reflétant le passage du commandement militaire d’une phase de gestion des équilibres à une phase de réimposition de l’hégémonie politique selon de nouveaux critères. Les propos tenus lors de la rencontre confirment qu’al-Burhan considère désormais la scène politique sous un angle différent, dont le principe central est clair : ceux qui n’ont pas prouvé leur efficacité pendant la guerre n’ont pas leur place dans le pouvoir.

Selon les informations disponibles, al-Burhan n’a pas dissimulé son mécontentement quant à la performance des mouvements armés affiliés à Minni Arko Minnawi et Jibril Ibrahim, estimant qu’ils n’avaient enregistré aucun accomplissement notable dans le contexte du conflit. Cette évaluation ne doit pas être comprise uniquement comme un jugement militaire sur le terrain, mais comme une position politique visant à retirer la légitimité des privilèges obtenus par ces mouvements dans le cadre des accords de paix. La guerre, du point de vue de l’institution militaire, a constitué un véritable test, révélant l’ampleur de l’écart entre le discours politique des mouvements armés et leur capacité réelle à influer sur le cours du conflit.

Ce changement dans le discours d’al-Burhan reflète une conviction croissante selon laquelle le système de partage du pouvoir mis en place après 2019 n’est plus adapté à la gestion d’un État en proie à la guerre et à l’effondrement économique. Malgré leur présence dans les institutions de gouvernance, les mouvements armés n’ont pas su proposer un modèle efficace en matière de gestion ou de sécurité, faisant de leur participation un fardeau politique plutôt qu’un facteur de stabilité. Dès lors, la perspective de réduire leur rôle au sein du Parlement et du gouvernement apparaît cohérente avec une vision militaire visant à limiter les centres d’influence incontrôlés.

Dans le même esprit, la position d’al-Burhan à l’égard du bloc démocratique constitue un indicateur encore plus explicite de la nature de la phase à venir. Le fait de considérer que ce bloc ne dispose d’aucun véritable poids populaire revient, dans les faits, à lui retirer ses dernières cartes politiques. Dans le nouveau discours d’al-Burhan, la légitimité populaire est devenue une condition essentielle pour rester dans le jeu politique, et non une simple revendication ou une alliance circonstancielle. Il semble que le commandement militaire ne perçoive plus le bloc démocratique comme un partenaire fiable, mais comme une entité politique ayant épuisé son rôle sans laisser d’impact tangible.

L’analyse de cette position conduit à une conclusion fondamentale : al-Burhan s’emploie à redéfinir le concept de partenariat politique, en le limitant à des acteurs restreints, plus faciles à encadrer et à contrôler. Le pluralisme étendu qui caractérisait la période de transition est désormais perçu comme l’une des causes de l’échec et de la fragmentation. Dans cette optique, la réduction du rôle du bloc démocratique, voire son exclusion du futur gouvernement et du Parlement à venir, apparaît comme une mesure préventive destinée à éviter l’émergence de foyers d’opposition au sein même du pouvoir.

Cette orientation n’est toutefois pas exempte de risques politiques. L’exclusion simultanée de forces civiles et armées pourrait entraîner une reconfiguration du conflit sous de nouvelles formes, à travers des alliances clandestines ou une escalade médiatique et politique. Néanmoins, al-Burhan semble parier sur l’épuisement d’une population éprouvée par la guerre, estimant que toute réaction d’ampleur serait affaiblie et que la priorité accordée à la sécurité et à la stabilité offrirait à l’institution militaire une marge plus large pour imposer sa vision.

En définitive, la rencontre d’al-Burhan avec le bloc démocratique traduit un tournant stratégique dans la gestion de l’État, fondé sur la réduction des partenaires, le démantèlement des anciennes alliances et la construction d’un pouvoir plus centralisé. Cette approche pourrait conférer au commandement militaire un contrôle accru sur la phase à venir, mais elle place en même temps le Soudan face à une nouvelle épreuve : la stabilité peut-elle être atteinte par l’exclusion, ou cela conduira-t-il à un nouveau cycle d’instabilité ?

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