L’Europe interdit les Gardiens de la révolution : quelles répercussions sur les bras de l’Iran ?
L’inscription des Gardiens de la révolution iranienne sur la liste européenne des organisations terroristes soulève de nombreuses interrogations quant aux répercussions potentielles de cette décision sur les autres bras de Téhéran dans la région.
Jeudi, l’Union européenne a officiellement inscrit les Gardiens de la révolution iranienne sur sa liste des « organisations terroristes », en réaction à la violente répression menée contre les récentes manifestations.
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Cette décision a suscité de vastes interrogations quant à sa portée et à ses effets sur les factions armées affiliées à Téhéran dans la région, dans un contexte de craintes croissantes d’une escalade des tensions, alors que les menaces américaines de frappes militaires contre l’Iran se multiplient et que Téhéran promet d’y répondre.
En annonçant la décision, la cheffe de la diplomatie européenne, Kaja Kallas, a déclaré que les ministres des Affaires étrangères des États membres avaient approuvé l’inscription des Gardiens de la révolution iranienne sur la liste des organisations terroristes, estimant que cette mesure constituait une étape décisive face aux pratiques du régime iranien.
Dans une publication sur la plateforme X, Kallas a ajouté que « tout régime qui tue des milliers de ses propres citoyens s’engage sur la voie de sa disparition ».
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Un tournant stratégique
Commentant cette décision, l’analyste politique et chercheur libanais Tarek Abou Zeinab estime que la qualification des Gardiens de la révolution comme organisation terroriste par l’Union européenne ne saurait être interprétée comme un geste symbolique ou médiatique, mais comme un tournant stratégique dans l’approche européenne à l’égard de l’Iran, faisant passer la relation de la gestion du différend à une confrontation juridique et politique directe.
Abou Zeinab affirme que « cette décision vise la colonne vertébrale du projet régional iranien, à savoir l’institution qui supervise le financement, la formation, l’armement et la doctrine de combat des bras de Téhéran dans la région ».
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Il ajoute : « Nous assistons au début d’un démantèlement progressif de la légitimité internationale non déclarée dont bénéficiaient les Gardiens de la révolution sous divers prétextes diplomatiques et sécuritaires ».
Il précise également que « cette qualification ouvre la voie à des poursuites judiciaires, au gel d’avoirs, à un étouffement financier et à la traque des réseaux de financement indirects en Europe et au-delà, ce qui affectera inévitablement la capacité de l’Iran à financer ses bras avec la même intensité qu’auparavant ».
Le Hezbollah, les factions irakiennes et les Houthis
Évoquant l’impact de la décision européenne sur les relais de l’Iran dans la région, Abou Zeinab souligne qu’« au Liban, cette mesure placera le Hezbollah dans une situation d’isolement politique international accru ».
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Selon lui, « le lien organique entre le Hezbollah et les Gardiens de la révolution n’est plus une simple description politique, mais devient une qualification juridique internationale, ce qui signifie que toute trajectoire financière, économique ou logistique associée au parti fera l’objet d’un durcissement sans précédent, même si les effets ne se manifestent pas immédiatement sur le terrain libanais ».
Il rappelle que l’Union européenne a déjà inscrit la branche militaire du Hezbollah sur sa liste des organisations terroristes depuis 2013.
En Irak, l’analyste explique que « les factions armées liées à l’Iran feront face à un environnement international plus rigoureux, étant traitées comme des extensions organisationnelles d’une entité classée terroriste, ouvrant la voie à des sanctions cumulatives, à des restrictions diplomatiques et à des limitations de mouvement pour leurs dirigeants et leurs ressources financières ».
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Au Yémen, poursuit Abou Zeinab, « la décision renforce le cadre juridique international visant à encercler les réseaux soutenant les Houthis et offre une couverture légale plus large à toute mesure future contre les lignes d’approvisionnement iraniennes, qu’elles soient financières, logistiques ou politiques, transformant le soutien iranien d’un levier d’influence en un fardeau stratégique coûteux ».
Il conclut : « Il ne s’agit pas d’un effondrement immédiat de l’influence iranienne, mais de l’entrée du projet iranien dans une phase d’usure à long terme, où les bras passent du statut d’outils d’expansion à celui de points de pression internationale, et où les Gardiens de la révolution deviennent eux-mêmes un poids pour l’État iranien plutôt qu’un instrument de puissance, dans un processus cumulatif susceptible de redessiner les équilibres régionaux à moyen et long terme ».
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De la politique d’endiguement à la pression
De son côté, l’analyste politique jordanien Maamoun Al-Masad considère que la qualification des Gardiens de la révolution comme organisation terroriste « ne constitue pas un simple geste symbolique, mais un changement profond dans la nature des relations avec l’Iran, signalant le passage de l’endiguement diplomatique à une pression structurelle ».
Il explique que l’Europe est parvenue à la conclusion que la politique de dissociation entre le dossier nucléaire et le comportement régional de l’Iran a échoué, et que les attaques contre la navigation maritime, les bases et les intérêts occidentaux affectent désormais directement la sécurité européenne.
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Selon lui, l’Europe ne perçoit plus l’Iran uniquement comme un acteur régional, mais comme un facteur de déstabilisation internationale à travers les Gardiens de la révolution, considérés non comme une institution militaire classique, mais comme un réseau d’influence englobant la direction des opérations extérieures, notamment la Force Al-Qods, ainsi que la gestion et l’armement de groupes transnationaux via des systèmes de financement, de contrebande et d’investissement.
Réorganisation et nouveaux alignements ?
D’après Al-Masad, la qualification des Gardiens de la révolution entraîne le gel des avoirs qui leur sont liés en Europe, la criminalisation de toute interaction financière ou logistique avec eux ou avec leurs structures de façade, ainsi que l’élargissement du champ des poursuites judiciaires contre toute personne soupçonnée de liens avec eux.
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C’est là que réside, selon lui, le danger pour l’Iran, car il n’est désormais plus possible de dissocier soutien politique et terrorisme dans la vision européenne. Il estime que cette décision reflète un changement dans les rapports de force, augmente le coût du financement et des déplacements, affaiblit la couverture politique et diplomatique, et contraint Téhéran à revoir ses calculs régionaux.
Interrogé sur l’impact de cette décision sur les bras régionaux de l’Iran, Al-Masad répond que, pour le Hezbollah, la mesure signifie davantage d’isolement international et de pression financière, sans nécessairement déboucher sur une confrontation militaire directe.
Dans le cas yéménite, ajoute-t-il, la qualification des Gardiens de la révolution comme organisation terroriste ne ferme pas la porte à une solution politique, mais élève le niveau des exigences internationales.
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Conséquences juridiques
Commentant les répercussions juridiques de la décision européenne, le professeur Mohamed Mahmoud Mehran, spécialiste de droit international public et membre des associations américaine et européenne de droit international, affirme que cette qualification implique le gel des avoirs, l’interdiction des transactions financières et la poursuite des soutiens, des mesures qui doivent être appliquées conformément aux principes de justice et de transparence.
Il souligne que les Gardiens de la révolution constituent une composante officielle de l’institution militaire iranienne, ce qui laisse supposer que cette qualification pourrait s’inscrire dans une stratégie plus large visant à isoler l’Iran sur la scène internationale en prélude à des étapes plus escalatoires.
Le juriste égyptien insiste sur le fait que la décision européenne doit être comprise dans son contexte juridique et politique complexe, soulignant qu’elle intervient dans un climat régional extrêmement tendu, marqué par des menaces réciproques susceptibles de conduire à un conflit régional de grande ampleur.
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Concernant l’impact de la qualification sur les factions armées liées à l’Iran dans la région, Mehran précise que le droit international distingue entre les différentes parties. Il note que certaines de ces formations disposent d’une présence politique et sociale dans leurs pays respectifs et participent au processus politique, citant le Hezbollah au Liban, représenté au Parlement et au gouvernement, ainsi que les forces de mobilisation populaire en Irak, intégrées aux institutions de sécurité officielles.
Il ajoute que la région traverse une phase de polarisation dangereuse pouvant mener à une guerre régionale généralisée, rappelant que le droit international offre des mécanismes de dialogue et de règlement pacifique des différends, et que l’article 33 de la Charte des Nations unies appelle au règlement des conflits par la négociation et la médiation.
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Il insiste enfin sur la nécessité d’appliquer le droit international de manière équitable, sans double standard, appelant la communauté internationale à éviter l’instrumentalisation des outils juridiques à des fins politiques, et soulignant que la sécurité et la stabilité régionales exigent un dialogue inclusif respectant la souveraineté des États et leurs intérêts légitimes.
Des observateurs estiment également que la décision européenne reflète une conviction croissante au sein du bloc selon laquelle la distinction entre le régime iranien et les Gardiens de la révolution n’est désormais plus tenable.
