Iran

L’effondrement du rial dans un gouffre abyssal aggrave les difficultés de l’Iran


Les marchés sont en proie à la panique et à l’évaporation de l’épargne, tandis que la déclaration du gouverneur de la Banque centrale affirmant que « le marché suit son cours naturel » a suscité une vague de sarcasmes.

La monnaie iranienne a enregistré ce mardi une chute historique, le rial s’effondrant à un niveau sans précédent en franchissant le seuil de 1,5 million de rials pour un dollar. Cette dégradation traduit l’aggravation de la crise économique, tandis que l’écart entre l’effondrement du rial et les déclarations « rassurantes » des responsables illustre une déconnexion totale avec la réalité. Le régime a manifestement choisi de privilégier sa survie sécuritaire au détriment de la protection des moyens de subsistance de ses citoyens.

Au lieu d’allouer des ressources pour sauver une économie en déroute, les données disponibles indiquent que le régime concentre l’essentiel de ses efforts sur le durcissement de l’appareil sécuritaire. Depuis le déclenchement des manifestations, les institutions de l’État ont répondu aux revendications sociales par des gaz lacrymogènes, des arrestations massives et des coupures d’Internet visant à entraver l’organisation des protestations, aggravant ainsi la paralysie du secteur technologique et des activités économiques en ligne.

Alors que les marchés connaissent une panique généralisée et une perte massive de l’épargne, la réaction des autorités monétaires a été jugée décevante et même ridicule par une grande partie de l’opinion publique iranienne. Le gouverneur de la Banque centrale, Abdolnasser Hemmati, a déclaré que le marché « évoluait de manière naturelle », une affirmation que les experts considèrent comme la preuve de l’incapacité de l’institution à injecter des devises étrangères ou à contenir l’inflation galopante, en l’absence de toute vision réformatrice crédible dépassant de simples promesses verbales qui ne convainquent plus ni les investisseurs ni les citoyens.

Les manifestations, qui ont débuté le 28 décembre au Grand Bazar de Téhéran sur fond de détérioration des conditions économiques, se sont rapidement transformées en la crise la plus grave à laquelle l’institution religieuse iranienne ait été confrontée, s’étendant à l’ensemble du pays avec des revendications de changement politique. Les forces de sécurité ont réprimé ces protestations, qui s’étaient brièvement calmées plus tôt ce mois-ci, lors de la campagne de répression la plus violente depuis la Révolution islamique de 1979.

Dans une tentative d’apaisement, le gouvernement a introduit des modifications au système de subventions, remplaçant les taux de change préférentiels par des transferts monétaires directs. Bien que le premier vice-président, Mohammad Reza Aref, ait défendu cette politique en affirmant qu’elle visait à lutter contre la corruption et à instaurer la stabilité, la réalité a démontré le contraire : les prix ont continué à augmenter de manière vertigineuse, confirmant que ces réformes n’étaient qu’une tentative de colmater un système financier profondément miné.

L’inflation mensuelle a poursuivi sa hausse, les chiffres publiés dimanche par le Centre iranien des statistiques faisant état d’une inflation annuelle de 60 % sur la période allant du 21 décembre au 19 janvier.

Par ailleurs, les activités économiques en ligne en Iran ont été gravement affectées par les coupures d’Internet en vigueur depuis le 8 janvier et qui se poursuivent en grande partie. Un porte-parole du gouvernement a déclaré ce mardi que les autorités privilégiaient la liberté d’accès à Internet, mais que des considérations sécuritaires imposaient le maintien de certaines restrictions.

Comme à son habitude, la direction iranienne a cherché à se dérober à sa responsabilité dans « la pire crise à laquelle l’institution religieuse ait été confrontée » en recourant à la rhétorique du complot. Alors que les manifestants dénoncent la faim et l’effondrement du pouvoir d’achat, le discours officiel se concentre sur l’accusation de puissances étrangères d’alimenter les troubles afin de déstabiliser le pays, qualifiant les protestations sociales d’« émeutes » financées de l’étranger pour justifier l’usage d’une force excessive. Le président américain Donald Trump a, à plusieurs reprises, menacé Téhéran d’une intervention, tandis qu’un responsable iranien a affirmé que toute attaque serait considérée comme une « guerre totale ».

Selon des chiffres publiés ce mardi par l’organisation de défense des droits humains Hrana, basée aux États-Unis, le nombre de morts confirmés liés aux troubles s’élève à 6 126, dont 214 membres des forces de sécurité.

 

 

 

 

 

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