Le parti Al-Islah, affilié aux Frères musulmans, met le bâton de la répartition partisane dans les roues du gouvernement yéménite
Le parti du Rassemblement yéménite pour la réforme (Al-Islah), bras politique des Frères musulmans, a placé un obstacle majeur devant les efforts visant à faire naître un gouvernement de compétences nationales (technocratique) dans le pays.
Le parti Al-Islah a déclenché une grave crise avec le Premier ministre désigné, Shae’ Zandani, qui mène des consultations pour former un gouvernement professionnel, les Frères musulmans s’attachant à une approche fondée sur la répartition partisane des portefeuilles ministériels afin de garantir leur domination sur les leviers de décision au sein du pouvoir exécutif.
Des sources bien informées ont indiqué que le parti Al-Islah a exigé, selon le principe de la répartition, de garantir une large part de représentation pouvant atteindre cinq portefeuilles ministériels dans la nouvelle formation gouvernementale présidée par Shae’ Zandani.
Selon ces sources, le Premier ministre, nommé à la mi-janvier en cours, a rejeté ces exigences d’Al-Islah, avant que les Frères musulmans ne passent à la pression sur le président du Conseil présidentiel, Rashad Al-Alimi, afin de faire passer leurs conditions.
Al-Alimi cède
Le président du Conseil de direction présidentiel, Al-Alimi, a tenu dimanche une réunion avec les partis et composantes politiques pour discuter de la formation du prochain gouvernement dirigé par Shae’ Zandani, selon des sources politiques.
Les sources ont précisé que le président du Conseil présidentiel a informé les partis qu’il choisirait lui-même les titulaires des quatre portefeuilles souverains, à savoir les Affaires étrangères, les Finances, la Défense et l’Intérieur, tandis que les autres ministères seraient répartis entre les partis et composantes politiques, ce qui signifie une cession aux exigences des Frères musulmans.
Les Frères musulmans du Yémen, qui ressentent une orientation régionale et locale visant à réduire leur influence, ont mené une vaste campagne médiatique contre Al-Alimi pour faire pression sur lui afin qu’il accepte la formation d’un gouvernement fondé sur la répartition.
Les sources ont indiqué que les partis et composantes politiques, y compris le parti Al-Islah, ont déjà commencé à soumettre des candidatures de leurs membres au Premier ministre Shae’ Zandani, l’annonce du gouvernement étant attendue dans les prochains jours.
Selon les mêmes sources, la nouvelle formation gouvernementale garantira l’attribution de deux portefeuilles au parti Al-Islah, de deux au Congrès populaire général dans le Nord, ainsi que de deux au Parti socialiste yéménite et au parti nassérien, tandis que le différend se poursuit au sujet des ministères de l’Intérieur et de la Défense.
Partenariat et non partage
Les Frères musulmans avaient dominé les gouvernements précédents, nommant un grand nombre de leurs cadres comme sous-secrétaires de ministères et directeurs généraux, en plus de promouvoir leurs éléments à la tête de comités et de bureaux proches des cercles de décision, y compris les bureaux administratifs, les secrétariats et les commissions techniques, dans le but d’exercer une influence méthodique et réfléchie sur la décision politique.
Commentant cela, le secrétaire général du parti nassérien à Taëz, Adel Al-Oqaibi, a déclaré que « le docteur Shae’ Zandani est celui qui a été chargé de former le gouvernement, et il lui revient de consulter qui il souhaite pour choisir son équipe, puisqu’il assume la direction de celle-ci ».
Il a expliqué qu’« il est du droit de Zandani de présenter la formation qu’il juge capable de conduire la phase actuelle, car le partenariat ne signifie en aucun cas la répartition partisane, mais plutôt la participation à la prise de décision, aux politiques et aux orientations, à la définition des priorités, ainsi qu’au consensus sur les procédures, les moyens et les mécanismes de mise en œuvre et de gestion ».
Il a ajouté que « le partenariat et le consensus national ne signifient pas le partage ou la répartition de la fonction publique, car celle-ci est un droit pour tout citoyen qui la mérite selon ses conditions légales, tandis que le système de répartition transforme la fonction en un privilège réservé aux membres de partis ou à certains d’entre eux ».
Le responsable politique yéménite a exhorté les partis et organisations politiques, y compris les Frères musulmans, à rechercher « un meilleur moyen de réaliser le partenariat et le consensus national, loin de la répartition partisane et du partage ».
