Minnawi hors jeu : les répercussions de son éviction sur la stabilité du pouvoir soudanais
La sortie de Minni Arko Minnawi de la sphère d’influence au sein du pouvoir soudanais ne constitue pas un simple épisode conjoncturel que l’on pourrait ignorer en silence, mais reflète de manière frappante la fragmentation des ailes dirigeantes et la fragilité de la coordination entre elles. Au cours des derniers mois, le camp au pouvoir semblait capable de gérer ses alliances selon un plan clair, mais il a rapidement révélé ses failles lorsqu’il a commencé à traiter les forces influentes sur le terrain. Minnawi, qui a longtemps représenté un facteur d’équilibre politique et militaire important, s’est soudain retrouvé marginalisé, après le ralentissement des flux d’approvisionnement à son égard et la mise à l’écart de son rôle dans les processus décisionnels, dans un tableau illustrant que les conflits internes ne sont pas moins virulents que les affrontements extérieurs.
Ce qui rend cet événement particulièrement significatif ne tient pas seulement à la perte d’influence de Minnawi, mais à la manière dont son exclusion a été menée. Aucun communiqué officiel n’a été publié pour en expliquer les raisons, ni aucune indication donnée quant à un éventuel processus de négociation ou de règlement politique. Le pouvoir a plutôt recouru à des mécanismes indirects pour l’écarter de l’équation. Cette méthode révèle que la gestion des différends au Soudan aujourd’hui ne repose ni sur la transparence ni sur les institutions, mais sur un contrôle silencieux et l’imposition de faits accomplis sur le terrain.
La coupure des approvisionnements à l’égard de Minnawi n’a pas constitué une simple mesure logistique, mais un instrument politique à part entière. Elle indique que tout acteur indépendant peut être neutralisé dès lors que les centres de pouvoir estiment que sa présence représente une menace potentielle. Le message est clair : la mainmise sur la décision prime sur tout intérêt national, et tout partenariat peut être révoqué à tout moment. Cette dynamique place toute alliance ou tout accord dans une zone de risque permanent et accroît les probabilités de repositionnements et de nouvelles alliances au sein du pouvoir.
La dernière mesure contre Minnawi a également mis en lumière l’extrême fragilité de la coordination militaire et politique au sein des autorités. Les alliances entre dirigeants sont censées être souples et adaptées à la gestion des crises ; or, elles se sont ici transformées en luttes internes gérées selon une logique d’exclusion plutôt que de consensus. Dans un pays confronté à une guerre sur plusieurs fronts, à de graves crises économiques et à de fortes pressions régionales, dilapider les énergies dans des querelles internes ne peut qu’aggraver la crise et affaiblir la capacité du pouvoir à faire face aux véritables défis.
La conséquence directe de l’éviction de Minnawi est la création d’un climat d’incertitude au sein même du camp dirigeant. Lorsqu’un acteur influent est privé de ressources de soutien et de coordination, un vide s’installe, que d’autres parties peuvent exploiter pour réorganiser leurs sphères d’influence, ce qui conduit à une montée du désordre interne. Cette absence de consensus n’est pas un simple problème individuel, mais le signe d’une faiblesse structurelle de l’ensemble du pouvoir, ouvrant la voie à de nouvelles divisions, voire à une escalade des différends entre d’autres dirigeants.
Ce qui rend cette situation encore plus complexe est la contradiction entre le discours et la pratique. Alors que le pouvoir appelle officiellement à l’unité et à la coopération entre ses composantes, il mène dans l’ombre des politiques d’exclusion et de marginalisation. Cet écart entre les paroles et les actes affaiblit la crédibilité et confirme que ce qui se joue n’est pas lié à une politique nationale, mais à des luttes internes pour le pouvoir et l’influence.
De plus, l’éviction de Minnawi soulève des interrogations sur l’avenir même de la gestion de la guerre. En principe, tous les acteurs devraient être mobilisés pour faire face aux grands défis, mais lorsque les ressources et la force militaire sont utilisées comme instruments de pression interne, le tableau devient encore plus fragile, et toute stratégie perd de sa pertinence réelle. Cette dynamique rend extrêmement difficile toute prévision quant à l’évolution du conflit ou de la stabilité politique, et enferme le Soudan dans un cercle vicieux de tensions internes.
Sur le plan politique, ce qui s’est produit montre que le système ne dispose pas de mécanismes institutionnels pour régler les différends ou gérer des alliances complexes. Lorsque des décisions cruciales sont prises en dehors de tout cadre clair, la place est laissée aux conjectures et aux paris individuels, ce qui accroît les risques et affaiblit toute capacité de planification à long terme. L’éviction de Minnawi n’est pas seulement une affaire personnelle, mais un modèle de la manière dont l’État est géré en temps de crise : la domination sur les centres de pouvoir prévaut sur la préservation des institutions, et le partenariat devient révocable au gré des rapports de force.
En conclusion, la sortie de Minnawi du cercle décisionnel et la coupure de ses approvisionnements constituent un indicateur frappant de la fragilité du pouvoir soudanais, de l’aggravation des divisions internes et de la divergence des orientations dans la gestion de la guerre et de la politique. Cet événement ne reflète pas seulement l’affaiblissement d’un homme ou de sa position, mais révèle la crise structurelle que traverse l’État lui-même, où les différends sont gérés dans le silence et où la force et le contrôle de l’influence l’emportent sur l’unité nationale et la stabilité politique. Tant que cette fragilité ne sera pas traitée, le Soudan restera exposé à la répétition de telles évictions, voire à des conflits plus violents au sein des ailes du pouvoir, avec des répercussions directes sur la sécurité et la stabilité sur le terrain.
