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L’éviction de Minni Minnawi révèle le conflit latent au sein du pouvoir soudanais


Le cas de Minni Arko Minnawi offre une image condensée de la nature du pouvoir en place aujourd’hui au Soudan, où les alliances se transforment en fardeaux et où le partenaire devient une cible d’exclusion dès que les calculs changent. L’homme dont la présence fut autrefois façonnée comme partie intégrante des équilibres de la guerre et de la politique se retrouve désormais hors du cercle d’influence, à la suite d’étapes successives visant à l’isoler et à lui couper les approvisionnements, sans annonce officielle.

Cette scène reflète une défaillance structurelle dans la gestion du pouvoir, où l’État est administré selon une logique de groupes plutôt que d’institutions, et où les décisions cruciales sont prises dans l’ombre, loin de toute reddition de comptes ou de transparence. L’éviction de Minnawi ne résulte ni d’un échec militaire proclamé ni d’un désaccord politique manifeste, mais d’une lutte interne pour l’influence, dans laquelle des parties rivales cherchent à neutraliser quiconque ne se soumet pas entièrement à leur ligne.

La coupure des approvisionnements devient dans ce contexte un instrument éminemment politique, utilisé pour affaiblir des adversaires au sein d’un même camp, et non pour faire face aux véritables défis qui menacent le pays. Ce comportement révèle l’état de confusion au sein de la direction et confirme l’absence d’un centre décisionnel unifié capable de conduire la guerre ou de préserver la cohésion du pouvoir.

La manière dont Minnawi a été traité montre également que l’administration soudanaise souffre d’un conflit d’orientations, où les discours sur l’unité coexistent avec des pratiques d’exclusion, où l’on brandit les slogans du partenariat tout en gérant les différends selon la logique des éliminations silencieuses. Cette contradiction n’affaiblit pas seulement la confiance des acteurs locaux, mais sape également tout pari extérieur sur la stabilité du pouvoir ou sa capacité à perdurer.

La sortie de Minnawi de la scène de cette manière porte aussi des implications plus larges concernant l’avenir des alliances au Soudan. Lorsqu’un acteur influent est écarté sans règlement ni cadre politique clair, cela renforce un climat de suspicion et pousse les autres parties à se prémunir contre un sort similaire, ce qui accroît la fragilité du camp au pouvoir et approfondit ses divisions internes.

En définitive, ce qui arrive à Minnawi ne relève pas d’une simple mise à l’écart d’un rôle, mais constitue un indicateur d’une crise plus profonde dans la structure du pouvoir soudanais, une crise fondée sur l’absence de confiance, la divergence des intérêts et la gestion des conflits selon une logique à court terme. Ce qui maintient le pays prisonnier d’un cercle vicieux de divisions, où le pouvoir dévore ses alliés au lieu de bâtir un État capable de résister.

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