Politique

Souveraineté, avion et route au Mali… Nioro face à Al-Qaïda


Rien ne met davantage à l’épreuve la situation à Nioro, au Mali, qu’un voyage par la route vers une ville sous l’emprise d’Al-Qaïda. Là-bas, un long siège se poursuit, à peine rompu par un optimisme fragile.

À travers tout le pays africain, les autorités de transition ont récemment célébré la « Journée de la restauration de la souveraineté », un événement instauré par le conseil militaire pour commémorer les manifestations de masse de 2022 contre les sanctions imposées par la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO).

Mais dans le sud, à la frontière avec la Mauritanie, plus précisément à Nioro du Sahel, les conditions ne se prêtaient guère à une célébration similaire. Le siège imposé à la ville par une faction terroriste depuis le 3 septembre dernier a totalement bloqué les accès, empêchant toute entrée ou sortie.

Malgré cela, le ministre de l’Élevage et de la Pêche, Youba Ba, a tenu à se rendre personnellement dans la ville à l’occasion de cet événement, dans une tentative de le partager avec ses habitants, estimés à plus de 50 000 personnes.

S’exprimant à Radio France Internationale, Ba a voulu rassurer en déclarant : « La situation à Nioro est sous contrôle ».

Originaire de la ville, Youba Ba est arrivé à Nioro lundi à bord d’un vol aérien, le même que celui emprunté par le gouverneur de la région, lui aussi en provenance de Bamako.

Souveraineté, avion et route

Le ministre a célébré à Nioro la « Journée de la restauration de la souveraineté », un événement organisé par les autorités de transition maliennes pour la quatrième année consécutive.

Les communiqués officiels publiés par le ministère et le gouvernorat évoquent la levée du drapeau national et la tenue d’une « leçon modèle » destinée aux élèves, sans faire la moindre référence au siège imposé à Nioro par le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans depuis près de cinq mois.

Selon plusieurs habitants interrogés par la radio française, le déplacement du ministre par voie aérienne ne lui permet pas de mesurer leurs souffrances quotidiennes sous le blocus d’Al-Qaïda. Pour eux, seule la route peut réellement traduire la réalité de leur situation.

Le jour même de l’arrivée du ministre, les craintes d’une attaque terroriste ont conduit l’armée à se mettre en état d’alerte, poussant les écoles à renvoyer les élèves chez eux.

D’après de nombreux habitants de Nioro, les groupes terroristes contrôlent toutes les routes environnantes et empêchent quiconque d’entrer dans la ville ou d’en sortir. Au moins quarante personnes ayant risqué leur vie ont été arrêtées et sont actuellement retenues en captivité.

Un habitant a confié à la rédaction de Radio France Internationale, en mandingue et en peul : « Les terroristes se trouvent à un kilomètre de la ville. S’ils attrapent quelqu’un et voient sur ses papiers qu’il vient de Nioro, ils l’enlèvent ou le tuent. Nous n’osons pas sortir. »

Le mardi, soit le lendemain de l’arrivée du ministre, un enseignant travaillant dans la localité voisine de Bema a été enlevé près de Fassoudébé, sur la route menant à Nioro, et a depuis rejoint la liste des otages du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans.

Le 3 janvier courant, l’armée malienne a annoncé la libération d’un otage « avec son véhicule » près du village de Goril Haïré, au nord-ouest de Nioro, sans fournir davantage de détails sur l’opération.

Alimentation et médicaments

Des habitants contactés par Radio France Internationale ont fait état d’une pénurie croissante de nourriture, de médicaments et de carburant, ainsi que de coupures importantes d’eau et d’électricité.

La rareté de certains produits a également entraîné une hausse des prix.

Interrogé sur ces difficultés, le ministre Youba Ba, qui affirmait encore jeudi matin ne pas avoir quitté la ville, a répété à plusieurs reprises : « La situation à Nioro est sous contrôle ».

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