Pourquoi les Frères musulmans considèrent-ils la chute de Téhéran comme la fin de leur projet régional ?
L’écrivain et analyste politique Hasab al-Rassoul Al-Awad Ibrahim a affirmé que la vague sans précédent de manifestations qui secoue l’intérieur de l’Iran ne menace pas seulement la survie du régime des mollahs, mais que ses répercussions s’étendent également à l’érosion des fondements des Frères musulmans dans la région. Il estime que la chute de Téhéran aggraverait les crises du mouvement dans ses zones d’influence.
Dans un article publié dans le journal Al-Taghyir, l’auteur explique que le régime iranien, en tant que principal parrain des courants de l’islam politique, a établi des alliances idéologiques profondes avec les Frères musulmans afin de déstabiliser les États-nations.
Il souligne que ce qui se déroule en Libye s’inscrit pleinement dans cette dynamique, les factions proches des Frères musulmans s’appuyant sur le soutien et le modèle iraniens pour créer des entités parallèles à l’État, ce qui explique l’inquiétude du mouvement face à l’ébranlement du pouvoir à Téhéran.
Al-Awad affirme que la chute du régime iranien signifierait la disparition du principal bailleur de fonds et du chef d’orchestre des projets de « l’exportation de la révolution », qui convergent avec l’agenda des Frères musulmans. Selon lui, la tentative de reproduire l’expérience des Gardiens de la révolution en Libye et au Soudan échouerait avec la disparition du modèle originel, plaçant le mouvement dans un isolement régional et international étouffant après la perte de son allié stratégique.
L’analyste politique cite l’exemple soudanais, expliquant comment les « islamistes soudanais » ont tenté d’importer la doctrine sécuritaire iranienne pour réprimer les opposants, une approche similaire à celle que les Frères musulmans cherchent à instaurer en Libye à travers des milices armées.
Il met en garde contre le fait que le récent rapprochement entre les Frères musulmans soudanais et l’Iran vise à prolonger les conflits afin de servir des intérêts partisans étroits, un scénario que les forces nationales redoutent de voir se répéter sur la scène libyenne.
Al-Awad conclut que le monde arabe, en particulier les pays ayant souffert des ingérences de l’« axe Frères musulmans-Iran » tels que la Libye, le Yémen et la Syrie, accueillerait largement la chute du régime iranien. Il considère que cet effondrement constituerait un coup décisif porté aux projets du mouvement, qui prospèrent sur les conflits et l’attisement du chaos, ouvrant ainsi la voie au rétablissement de l’autorité de l’État-nation, loin des ingérences extérieures.
