Etats-Unis

De L’Amérique d’abord à la destinée manifeste : une mutation idéologique au sein du mouvement MAGA


Le mouvement MAGA exerce des pressions sur l’administration du président américain Donald Trump afin qu’elle adopte une nouvelle approche expansionniste, ravivant l’idée de la « destinée manifeste » par l’élargissement de l’influence américaine et l’intégration de nouveaux territoires et sphères d’influence dans ce que certains de ses partisans qualifient d’« empire occidental renouvelé ».

Cette orientation constitue, en apparence, un tournant notable pour un mouvement qui s’est longtemps présenté comme opposé aux « guerres sans fin », notamment au Moyen-Orient, selon le site Axios.
Toutefois, cette évolution apparaît moins contradictoire aux yeux des idéologues du mouvement MAGA (Make America Great Again) lorsqu’elle est reformulée dans le cadre d’une « hégémonie sur l’hémisphère occidental », où les États-Unis sont présentés comme une puissance civilisationnelle centrale de l’Occident, légitimée à imposer sa volonté aux États plus faibles de son environnement géographique.

Cette vision trouve un écho croissant au sein de la droite populiste, qui considère l’expansion régionale comme un moyen de consolider le leadership américain, plutôt que de s’enliser dans des conflits lointains sur le plan géographique.

Des terrains « légitimes » ?

Il convient de noter que, dans les jours ayant suivi l’arrestation surprise du président vénézuélien Nicolás Maduro, des voix influentes au sein du mouvement, y compris parmi celles traditionnellement classées dans le camp non interventionniste, ont commencé à promouvoir l’idée que des zones stratégiques de l’hémisphère occidental, telles que le Venezuela, Cuba ou le Groenland, constituent des terrains « légitimes » pour l’expansion de l’influence américaine.

Steve Bannon, animateur de l’émission War Room, a déclaré à NBC News : « Qu’est-ce qui pourrait incarner davantage le slogan “America First” que la “destinée manifeste 2.0” ? » La destinée manifeste est une expression utilisée au XIXᵉ siècle pour désigner la croyance selon laquelle les États-Unis étaient prédestinés, voire investis d’une mission quasi divine, à s’étendre à travers le continent nord-américain, de l’Atlantique au Pacifique.

Ce discours s’inscrit dans une continuité historique assumée. Matt Walsh a écrit dans The Daily Wire que « l’expansion est la voie américaine depuis les tout premiers instants de la fondation du pays », estimant que toute hésitation dans ce domaine contredit l’expérience historique qui a conduit les États-Unis jusqu’aux rives de l’océan Pacifique au XIXᵉ siècle.

Dans le même esprit, Mike Cernovich, l’un des influenceurs les plus en vue du mouvement MAGA, a affirmé lors de son intervention dans le podcast de Tucker Carlson que « les États-Unis doivent continuer à aspirer à une gouvernance mondiale structurée à travers l’impérialisme américain ».

Les penseurs du mouvement partent du postulat que les États-Unis sont l’héritier naturel des grandes puissances impériales européennes et le garant principal de la pérennité de la puissance occidentale.

Malgré la persistance d’une prudence populaire au sein du mouvement quant à l’engagement dans des conflits extérieurs prolongés, notamment au Moyen-Orient et en Europe de l’Est, une distinction nette est opérée entre ces théâtres et des régions comme le Venezuela ou le Groenland, perçues comme faisant partie du champ d’influence naturel des États-Unis.

Cette distinction repose sur plusieurs considérations, parmi lesquelles le fait que l’hémisphère occidental est traditionnellement considéré comme une zone stratégique américaine, et que la démonstration de force y suscite moins de contestation, d’autant plus que des puissances concurrentes telles que la Chine et la Russie cherchent à y étendre leur présence régionale.

Ce courant met également l’accent sur l’importance des ressources naturelles, estimant que le pétrole, les minerais rares et les matériaux stratégiques doivent être exploités pour renforcer l’influence américaine et préserver sa supériorité économique et militaire.

Les partisans de cette orientation affirment que l’hégémonie constitue en elle-même un instrument de dissuasion et considèrent que le recul de l’image internationale des États-Unis alimente un mécontentement croissant au sein du mouvement. Ils soulignent également que les risques militaires liés à une expansion dans des zones telles que le Venezuela ou le Groenland demeurent relativement limités, ces territoires ne jouxtant pas directement des puissances rivales majeures, ce qui réduit les probabilités d’une escalade incontrôlée.

Cherchant à dépasser l’opposition binaire entre isolationnisme et impérialisme, Andrew Kolvet, de l’organisation Turning Point USA, a déclaré à Axios que présenter les choix américains comme une alternative entre un retrait total et l’aventure extérieure relevait d’une « simplification trompeuse ». Il a insisté sur le fait que Donald Trump a toujours adopté une approche pragmatique en matière de politique étrangère.

Kolvet a ajouté que l’imposition de l’influence américaine, qu’elle soit militaire ou économique, devait se faire « avec sagesse et précision », soulignant que si les États-Unis décidaient d’utiliser leur puissance, ils devraient le faire « avec une force décisive, létale et concentrée ».

Ce discours reflète les contours d’un tournant idéologique au sein du mouvement MAGA, passant du slogan « America First » en tant que principe isolationniste, à un projet d’influence expansionniste visant à redéfinir le rôle des États-Unis dans le monde.

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