L'Europe

Proposition de classer les Frères musulmans comme organisation terroriste en Europe : la France accélère-t-elle l’interdiction ?


Le dossier des Frères musulmans revient sur le devant de la scène législative en France, à la suite d’une proposition visant à classer le mouvement comme organisation terroriste au niveau européen, une initiative susceptible d’accélérer le processus d’interdiction sur le Vieux Continent.

Dans une démarche notable au sein du Parlement français, la Commission des affaires européennes de l’Assemblée nationale a adopté une proposition de résolution appelant à l’inscription des Frères musulmans sur la liste européenne des organisations terroristes, après l’introduction de modifications au texte initial déposé il y a plusieurs mois.

Cette évolution s’inscrit dans un contexte de débat politique et sécuritaire intense en France et en Europe autour de ce qui est qualifié d’« infiltration idéologique » ou de « pénétration » au sein des institutions et des sociétés.

La proposition, déposée en mai 2025 par le député Éric Pouget, a obtenu l’approbation de la majorité des membres de la Commission des affaires européennes, ouvrant ainsi la voie à une phase plus sensible du processus législatif.

Selon le rapporteur désigné du texte, le projet sera examiné « sur le fond » par la Commission des affaires étrangères, avant d’être soumis ultérieurement au débat général en séance plénière de l’Assemblée nationale, lors d’une session prévue le 22 janvier courant.

Dispositions

Cette proposition s’inscrit dans le cadre des mécanismes adoptés par l’Union européenne pour lutter contre le terrorisme, notamment la liste européenne des organisations terroristes, créée à la suite des attentats du 11 septembre 2001.

L’inscription sur cette liste entraîne des conséquences juridiques directes, parmi lesquelles figurent :

– le gel des avoirs financiers ;
– l’interdiction de toute forme de financement ;
– le renforcement de la coopération sécuritaire et judiciaire entre les États membres de l’Union européenne, selon le site officiel du Parlement français.

Le texte de la proposition souligne que les Frères musulmans constituent avant tout un mouvement politique, et non religieux, mettant en avant leur implantation transnationale en Europe et au-delà.

Il met également en garde contre les risques que ce mouvement pourrait faire peser sur les valeurs démocratiques, la cohésion sociale et la sécurité intérieure de l’Union européenne.

La proposition appelle à une réponse européenne coordonnée face à ce qu’elle qualifie de « menace dépassant le cadre national étroit », estimant que le traitement de ce phénomène ne peut rester la responsabilité d’un seul État membre, mais requiert une approche collective à l’échelle de l’Union européenne.

La Commission des affaires européennes a officiellement adopté cette proposition mercredi dernier en tant qu’organe compétent, ouvrant ainsi la voie à la poursuite de son parcours au sein des institutions parlementaires, en vue de son renvoi vers les étapes ultérieures du débat politique et législatif aux niveaux français et européen.

Contexte et enjeux

Le texte vise à inciter la France à exercer une pression au sein des institutions de l’Union européenne afin de faire classer les Frères musulmans comme un « mouvement idéologique et organisationnel transnational » sur la liste européenne des organisations terroristes.

Les auteurs de la proposition estiment qu’une telle classification offrirait un cadre juridique plus strict pour faire face à ce qu’ils considèrent comme des réseaux d’influence intellectuelle et organisationnelle cherchant à saper les valeurs de la République de l’intérieur, par le biais d’associations, de discours religieux ou d’influences politiques indirectes.

Les soutiens du projet affirment que le mouvement constitue un « environnement idéologique propice » pouvant mener à la radicalisation, ce qui justifierait son intégration dans les approches préventives de la sécurité européenne.

Enjeux européens

Le débat ne se limite pas à la scène française. Toute initiative de ce type nécessite un large consensus européen au sein des institutions de l’Union, en particulier au Conseil de l’Union européenne.

Des observateurs soulignent que l’adoption de la résolution, même soutenue par le Parlement français, n’aurait pas de caractère juridiquement contraignant en soi, mais pourrait constituer un signal politique fort, susceptible de relancer le débat européen sur la nature des menaces non conventionnelles, notamment celles émanant d’organisations transnationales à dimension idéologique.

Avec le transfert du texte vers la Commission des affaires étrangères, puis vers l’hémicycle, il est attendu que l’intensité des débats s’accentue dans les semaines à venir, le projet étant présenté comme un instrument nécessaire au renforcement de la sécurité et à la lutte contre l’extrémisme idéologique.

Trump, le Royaume-Uni et les Frères musulmans

Des observateurs estiment que la signature par le président américain Donald Trump d’un décret exécutif ouvrant la voie à l’examen du classement de certaines branches des Frères musulmans comme organisations terroristes a placé le mouvement sous un examen institutionnel approfondi. Cette démarche suggère que la décision attendue pourrait dépasser la simple symbolique politique pour se traduire par des instruments de pression concrets.

Il s’agit d’une phase dans laquelle l’administration américaine semble sur le point d’entrer, selon Massad Boulos, conseiller principal de Donald Trump pour les affaires arabes et africaines.

En novembre dernier, le président américain a signé un décret exécutif obligeant son administration à déterminer si certaines branches des Frères musulmans, notamment celles présentes au Liban, en Égypte et en Jordanie, devaient être classées comme organisations terroristes étrangères ou comme organisations terroristes mondiales spécialement désignées.

Le mois dernier, le secrétaire d’État américain Marco Rubio a déclaré que Washington publierait très probablement certaines annonces concernant les Frères musulmans au cours de la semaine suivante.

Au Royaume-Uni également, le dossier des Frères musulmans est revenu au premier plan du débat politique, alimentant les interrogations sur la possibilité que Londres suive l’exemple de Washington en classant certaines branches du mouvement comme organisations terroristes.

Récemment, la Chambre des lords du Parlement britannique a tenu un débat approfondi sur la position du gouvernement à l’égard du document publié par la Maison-Blanche le 24 novembre dernier, relatif au décret exécutif signé par Donald Trump, selon les informations sur le site du Parlement britannique.

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