Fuites révélant la structure, la direction et le financement des restes du régime d’al-Assad
Le piratage du téléphone de Suheil Al-Hassan, ancien commandant des forces spéciales du régime d’al-Assad, a révélé des tentatives menées par ces restes pour réorganiser leurs rangs et planifier de vastes attaques dans plusieurs régions de Syrie.
Des médias ont publié un nouveau rapport, affirmant qu’il repose sur des documents et enregistrements exclusifs, présentant une structure organisationnelle de ce qu’ils ont qualifié de « restes des forces de l’ancien régime syrien », connus sous le nom de « floul », incluant les noms de leurs dirigeants et des officiers supérieurs se trouvant au sommet de la hiérarchie.
Les documents et registres dévoilent également des informations sur les groupes militaires affiliés, leurs effectifs, leur répartition dans les provinces syriennes — en particulier sur le littoral — leurs types d’armement, ainsi que les mécanismes de soutien et de financement.
La chaîne Al-Jazeera a indiqué que ces fichiers seront diffusés plus en détail dans l’émission « Al-Mutahhari » le 16 janvier courant.
Le rapport a montré des images récentes attribuées à Suheil Al-Hassan, ainsi que d’autres photos de son fils Hassan, qui vit actuellement avec lui en Russie et l’aide à communiquer avec d’anciens officiers, selon les documents. Il ajoute que la localisation a été déterminée à partir des coordonnées géographiques du téléphone du père et de son fils après leur piratage.
Selon le rapport, ces fichiers font partie de centaines de documents et d’enregistrements divulgués à l’émission par un Syrien qui a réussi à convaincre la direction des floul qu’il était un officier israélien souhaitant coopérer avec eux, ouvrant ainsi la voie à leur infiltration.
La même source affirme que ce jeune homme a mené une série de piratages ciblant les téléphones d’anciens officiers de haut rang du régime, et a tenu avec eux des conversations téléphoniques sous prétexte de soutenir leurs mouvements sur le littoral et de coordonner leurs actions.
Le rapport précise que l’équipe de l’émission a passé de « longues séances » avec la source pour vérifier l’authenticité et la précision des informations. Il ajoute que les documents révèlent les mouvements d’anciens officiers supérieurs du régime et leurs tentatives de réorganiser leurs rangs après sa chute.
D’après la structure organisationnelle présentée, Rami Makhlouf, homme d’affaires et cousin de Bachar Al-Assad, se trouve au sommet, suivi de l’ancien général Suheil Al-Hassan, ex-commandant des forces spéciales, puis de l’ancien brigadier Ghayath Dalla, ex-commandant de la 42e brigade.
Viennent ensuite, dans le second rang de commandement, des noms tels qu’Ali Mahna, chargé des finances, Saleh Al-Abdallah, responsable des affaires militaires, et Ali Al-Aid, chargé de la coordination entre les groupes, auxquels s’ajoutent des chefs de groupes répartis dans différentes régions, notamment sur le littoral, à Hama et à Homs.
Le rapport indique également que des enregistrements audio de Suheil Al-Hassan, entre avril et décembre 2025, confirment cette structure et évoquent les effectifs. Dans l’un des enregistrements, Al-Hassan affirme : « Nous avons beaucoup de combattants, officiers et soldats », ajoutant : « Il y a actuellement une personne respectable et intègre qui nous aide, c’est le professeur Rami Makhlouf. »
Dans d’autres documents, le rapport présente une feuille manuscrite signée par Al-Hassan sous le titre de « commandant en chef de l’armée et des forces armées », affirmant disposer de plus de 168 000 combattants.
Ces combattants supposés sont répartis en groupes sur plusieurs secteurs en Syrie, dont la ville et la campagne de Homs, la région d’Al-Ghab jusqu’à Salhab, l’est de Hama, Jableh et Beit Yashout, ainsi que Lattaquié et Damas.
Le rapport cite des exemples de groupes mentionnés dans les documents, parmi lesquels un groupe dirigé par Ahmad Sigati, actif à Masyaf, Lattaquié et Tartous, et comptant environ 10 000 combattants.
Il mentionne aussi le « groupe de Homs », dirigé par Akram Al-Souqi et relevant de l’ancien brigadier Yasser Dalla, avec un effectif estimé à environ 10 000 combattants.
Cependant, la source à l’origine des fuites met en doute ces chiffres, évoquant un différend entre Makhlouf et Al-Hassan, ce dernier ayant, selon lui, exagéré les effectifs afin d’obtenir davantage de soutien financier.
Des documents supplémentaires montrent que le financement de ces groupes repose sur un réseau organisé dirigé par Ahmad Dounia, décrit comme comptable et responsable financier pour Al-Hassan et Makhlouf.
Toujours selon ces documents extraits de son téléphone, il est directement chargé d’acheminer les fonds et salaires aux combattants et chefs de groupes sur le littoral syrien, et aurait remis personnellement de l’argent à Ghayath Dalla et à d’autres dirigeants.
Ces documents, datés de mai 2025, détaillent les montants dépensés ainsi que les mécanismes de distribution et les allocations de chaque combattant.
Le rôle d’Al-Hassan ne se limite pas, selon les documents, à la constitution de réseaux à l’intérieur de la Syrie. Une autre note manuscrite mentionne environ vingt anciens pilotes, dirigés par le général-pilote Mahmoud Hassouri, installés avec leurs familles dans un hôtel au Liban.
La note affirme qu’ils ont été déplacés de Syrie au Liban par les Iraniens, en vue de les envoyer ensuite en Iran, avant d’être abandonnés, ne recevant plus qu’un logement et un seul repas par jour.
Ces pilotes demandent à rejoindre les forces d’Al-Hassan, tandis que les documents montrent leur répartition et leurs plans visant à mener des actions armées de sabotage à l’intérieur de la Syrie.
Tarek Mitri, vice-Premier ministre libanais, a exprimé vendredi son inquiétude face aux informations circulant concernant des activités suspectes de partisans de l’ancien régime syrien au Liban.
Il a déclaré sur X que ces informations nécessitent une vérification de la part des services de sécurité libanais et la prise de mesures appropriées, soulignant que la responsabilité ne repose pas uniquement sur ces services, mais sur l’ensemble des acteurs, afin d’éviter toute action susceptible de menacer la stabilité du Liban ou de la Syrie.
Dans ce contexte, il a appelé à davantage de coopération avec les autorités syriennes, sur la base de la confiance et du respect mutuel de la souveraineté et des intérêts communs.
Les documents présentent par ailleurs des images et données détaillant les quantités et types d’armes détenues par les groupes d’Al-Hassan et de Dalla, incluant canons, missiles antichars, fusils et lance-roquettes RPG, ainsi que d’autres armes, et montrent leur distribution géographique.
Le rapport insiste également sur le rôle de Moqdad Ftiha, présenté comme une figure centrale et auteur de menaces répétées contre des habitants du littoral.
Les documents évoquent des plans liés aux événements du littoral survenus en mars 2025, ainsi que de nouvelles opérations militaires, obtenus après l’infiltration du téléphone de Tarek Fayçal Ajib, décrit comme le commandant de terrain des restes du régime dans la région, et lié directement à Ftiha.
Les documents montrent qu’Ajib et Ftiha agissent sous les ordres de Ghayath Dalla, et incluent des conversations téléphoniques entre eux. Dans l’un des enregistrements, un combattant demande à Ftiha de couper la route entre Lattaquié et Idleb, en plus de préparer un nouveau mouvement militaire.
Les activités ne se limitent pas à l’intérieur de la Syrie. Une autre note révèle que Suheil Al-Hassan a préparé un grand bureau au Liban, dans la région de Al-Hissa, près de la frontière, destiné à diriger les opérations contre le gouvernement syrien.
Les documents mentionnent aussi des plans impliquant des éléments non syriens, parmi lesquels Mahmoud Al-Salman, chef de groupes armés de nationalité libanaise, résidant à Dhahr Bachir, et se préparant à participer à une nouvelle action armée.
Mercredi, le ministre syrien de l’Intérieur, Anas Khattab, a adressé des messages fermes aux « restes du régime déchu », soulignant que « l’État nouveau, né de la libération, ne reviendra pas en arrière ».
Cette mise en garde intervient après une série d’événements sanglants attribués aux milices du régime déchu.
Dimanche, des hommes armés ont attaqué des membres des forces de sécurité protégeant des manifestations dans plusieurs villes du littoral et du centre, provoquant la mort de quatre personnes et blessant 108 membres des forces de sécurité et civils à Lattaquié.
Le même jour, les provinces de Lattaquié, Tartous, Hama et Homs ont connu des manifestations réclamant le fédéralisme et le droit à l’autodétermination, après une attaque terroriste visant une mosquée dans un quartier majoritairement alaouite à Homs, faisant huit morts.
Les nouvelles autorités syriennes réaffirment l’égalité de tous les citoyens devant la loi et leur droit aux mêmes garanties, sans discrimination.
Elles intensifient leurs efforts pour rétablir la sécurité, étendre leur contrôle, se relever des conséquences de la guerre, reconstruire et stabiliser le pays.
