Politique

Négociations sous le feu : une escalade en Ukraine précède des pourparlers américano-russes


La guerre en Ukraine entre dans une phase délicate, marquée par la coexistence de tentatives diplomatiques menées par Washington et d’une escalade militaire persistante sur le terrain, où les frappes réciproques continuent de rythmer le conflit.

Cette dynamique met en lumière la profonde contradiction entre la voie des négociations et celle des combats, dans un contexte de calculs internationaux complexes qui dépassent largement Kyiv et Moscou pour englober l’Europe et les États-Unis.

Les discussions de Miami

Des responsables américains et russes doivent se rencontrer à Miami à la fin de cette semaine pour une nouvelle série de pourparlers liés au plan du président Donald Trump visant à mettre fin à la guerre en Ukraine, selon un responsable de la Maison-Blanche.

Ces rencontres s’inscrivent dans les efforts américains pour réajuster la trajectoire du conflit par le biais de canaux directs avec Moscou, en dehors des cadres de négociation traditionnels qui se sont enlisés ces dernières années.

L’annonce de ces discussions a coïncidé avec les propos du président ukrainien Volodymyr Zelensky, qui a salué ce qu’il a qualifié de « progrès réalisés » lors de réunions tenues à Berlin pendant deux jours entre une délégation ukrainienne et des émissaires du président Trump. Il a toutefois averti, dans le même temps, que la Russie se préparait à « une nouvelle année de guerre », illustrant ainsi la profonde fracture de confiance qui continue de caractériser les relations entre les deux camps.

La réalité précède la politique

Sur le terrain, les frappes russes se sont poursuivies sur la ville de Zaporijjia et ses environs, dans le sud de l’Ukraine. Des raids aériens ont fait au moins 32 blessés, dont des enfants, selon un bilan actualisé communiqué par les autorités locales.

Les bombardements ont touché des immeubles résidentiels ainsi qu’un établissement éducatif, et les images de destruction ont révélé l’ampleur des pertes subies par cette ville située à proximité de la ligne de front.

Zaporijjia, qui comptait environ 710 000 habitants avant le lancement de l’opération militaire russe en février 2022, subit des tirs réguliers à mesure que les forces russes s’en rapprochent progressivement. La situation est d’autant plus sensible que Moscou contrôle depuis mars 2022 la centrale nucléaire de Zaporijjia, la plus grande d’Europe, conférant à la région une dimension stratégique qui dépasse largement l’enjeu militaire immédiat.

La guerre franchit les frontières

De leur côté, les autorités russes ont annoncé la mort de trois personnes dans la région de Rostov-sur-le-Don à la suite d’une attaque ukrainienne menée à l’aide de drones contre le port de la capitale régionale. L’attaque a provoqué un incendie à bord d’un navire de marchandises et la mort de deux membres de son équipage, ainsi que le décès d’un civil et plusieurs blessés dans la ville voisine de Bataïsk.

Ces frappes s’inscrivent dans le cadre de la riposte ukrainienne aux bombardements quotidiens que subit son territoire depuis des années. Kyiv a intensifié l’usage de drones pour viser les infrastructures énergétiques en Russie, dans le but d’affaiblir la capacité de Moscou à financer ses opérations militaires et de transférer le coût de la guerre à l’intérieur du territoire russe.

Les avoirs russes gelés : divisions occidentales et pressions américaines

Sur les plans financier et politique, des sources ukrainiennes de haut niveau ont révélé que l’administration américaine exerce des pressions sur les pays européens afin de les dissuader d’utiliser les avoirs russes gelés pour soutenir Kyiv. Cette position intervient malgré l’existence d’un projet au sein de l’Union européenne visant à mobiliser ces actifs pour accorder à l’Ukraine un prêt de 90 milliards d’euros sur les deux prochaines années.

La valeur des avoirs russes gelés en Europe est estimée à environ 210 milliards d’euros, dont la majorité est déposée en Belgique auprès de la société Euroclear. Si la plupart des États membres de l’Union soutiennent cette option, la Belgique exprime des réserves, redoutant des mesures de représailles russes et s’inquiétant de l’impact potentiel sur la crédibilité du système financier européen.

Un responsable américain a indiqué à l’Agence France-Presse que certains pays européens sollicitent l’intervention de Washington « en coulisses », ne souhaitant

pas afficher publiquement une position d’opposition en raison des craintes liées aux dommages à long terme sur les investissements et la confiance des marchés. De son côté, la porte-parole adjointe de la Maison-Blanche, Anna Kelly, a précisé que le rôle des États-Unis se limite à « faciliter le dialogue » entre Kyiv et Moscou sur la question de ces avoirs, sans adopter de position tranchée.

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