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Le dossier secret : comment Le Caire exerce des pressions pour démanteler la mouvance islamiste au sein de l’institution militaire soudanaise ?


À mesure que la crise au Soudan s’intensifie, des informations confidentielles révélées par SudanLeaks ont mis en lumière des réunions non officielles entre hauts responsables sécuritaires égyptiens et délégations militaires soudanaises. Au cœur de ces échanges figurait le dossier de la mouvance islamiste soudanaise, étroitement liée aux Frères musulmans. Ces fuites, relayées par plusieurs sources militaires et politiques ayant requis l’anonymat, confirment que la lutte contre l’influence des islamistes au sein de l’armée soudanaise n’est plus une affaire strictement interne. Elle est désormais devenue un levier de pression régionale piloté directement par Le Caire.

Le Caire : aucune zone grise dans le dossier des Frères musulmans
Selon des sources bien informées, les responsables égyptiens auraient déclaré sans ambiguïté à leurs homologues soudanais que « l’Égypte ne tolérera jamais la présence d’une armée acquise aux Frères musulmans sur sa frontière méridionale ». Cette affirmation reflète une ligne rouge constante de la politique égyptienne depuis 2013, qui repose sur l’éradication de toute forme de pouvoir ou d’influence du groupe dans les pays voisins. Pour Le Caire, il ne s’agit pas seulement de stabilité politique régionale, mais d’une question de sécurité nationale immédiate, intégrée aux priorités stratégiques de l’État.

Un soutien discret aux éléments opposés à la mouvance islamiste
Les fuites révèlent que l’Égypte ne s’est pas limitée à mettre en garde. Elle aurait également proposé des mécanismes de soutien à des officiers soudanais connus pour leur hostilité envers les Frères musulmans. Ce soutien dépasserait le champ du renseignement, pour inclure la promesse d’un appui régional et diplomatique garantissant à ces officiers de maintenir leurs positions, à condition qu’ils s’engagent dans une confrontation organisée contre l’influence islamiste. Cette approche traduit une volonté de bâtir au sein de l’armée soudanaise un contrepoids capable de démanteler progressivement les réseaux islamistes de l’intérieur.

Trois niveaux de neutralisation
D’après un document confidentiel consulté par des cercles restreints, les discussions ont porté sur trois modes d’action pour réduire l’influence des officiers affiliés aux Frères musulmans :

  • un transfert progressif vers des postes secondaires ;
  • l’exclusion des fonctions dirigeantes sous prétexte de réorganisations administratives ;
  • des mesures de neutralisation discrètes visant ceux dont l’activité organisationnelle serait avérée.

Cette gradation reflète une approche pragmatique du Caire : éviter une confrontation directe pouvant déclencher des mutineries, tout en procédant à une érosion méthodique et silencieuse de l’influence islamiste au sein de l’armée.

Entre désordre interne et pression externe
Un officier soudanais, ayant requis l’anonymat, a admis qu’« un risque réel existe : celui de voir apparaître des documents prouvant l’ampleur de l’infiltration islamiste dans l’armée, ce qui pourrait ouvrir la voie à des interventions régionales accrues ». Ce témoignage illustre le dilemme auquel l’armée soudanaise est confrontée : craindre une division interne en cas d’affrontement frontal avec les islamistes, tout en ne pouvant ignorer la pression constante et déterminée de l’Égypte.

Lecture finale
L’enquête met en évidence la logique d’action triptyque suivie par Le Caire :

  1. Un refus catégorique de toute présence des Frères musulmans au Soudan ;
  2. Un soutien discret et ciblé aux officiers hostiles à l’islam politique ;
  3. Une pression graduelle pour contraindre la hiérarchie militaire soudanaise à traiter le problème de l’infiltration.

Face à cette stratégie, l’armée soudanaise se retrouve piégée entre un équilibre interne fragile et des exigences externes strictes. Il est probable que ce dossier ne restera pas longtemps confiné aux négociations secrètes : de nouvelles révélations pourraient le transformer en une question brûlante d’opinion publique, voire en un catalyseur de confrontation ouverte au sein de l’appareil militaire soudanais.

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