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Hezbollah courtise Trump avec le langage des intérêts : du Grand Satan aux opportunités d’investissement


Dans un tournant notable de sa rhétorique, le vice-secrétaire général du Hezbollah libanais, cheikh Naïm Qassem, a adopté un ton inhabituellement conciliant à l’égard de l’administration américaine. Lors d’un discours à l’occasion de la Journée de la Résistance et de la Libération, Qassem a adressé un message direct à l’ancien président Donald Trump, l’invitant à se détacher d’Israël, en soulignant que ce repositionnement pourrait ouvrir des perspectives économiques et commerciales prometteuses au Moyen-Orient.

Cette approche, qui s’inscrit dans un contexte de tensions accrues entre le Hezbollah et Israël, marque un changement tactique dans la stratégie du mouvement. Conscient des transformations régionales et internationales, et affaibli par la récente offensive israélienne qui a impacté ses capacités militaires et sa base populaire, le Hezbollah semble opter pour une posture plus pragmatique. Le discours s’appuie sur la personnalité de Trump, réputé pour privilégier les logiques de profit et les rivalités personnelles, notamment avec le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou.

Pendant des décennies, la position du Hezbollah envers les États-Unis est restée inchangée : une opposition frontale, accusant Washington d’être le principal allié stratégique d’Israël. Toutefois, Qassem a déclaré : « Nous conseillons au président Trump de saisir l’opportunité de se libérer de l’influence israélienne, ce qui lui offrirait un espace élargi pour investir dans la région. » Il a également averti que la poursuite de l’agression israélienne compromet la stabilité régionale et, par conséquent, nuit aux intérêts américains. « Israël exploite ce soutien uniquement à ses propres fins », a-t-il ajouté.

Ce nouveau discours ne peut être dissocié de la situation actuelle du Hezbollah. La guerre récente a causé des dégâts matériels importants dans le sud du Liban et accentué la pression sur le parti. Face à l’impuissance de l’État libanais à répondre aux violations israéliennes – estimées à plus de 3 300 depuis l’accord de cessez-le-feu – le Hezbollah semble revoir ses modes de communication.

Le choix du moment n’est pas anodin. Selon le média américain Politico, des divergences croissantes sont apparues récemment entre Trump et Netanyahou, révélées par plusieurs anciens et actuels responsables américains. Ces tensions ont permis à des acteurs comme le Hezbollah de s’engouffrer dans la brèche pour proposer, même implicitement, une logique d’intérêts partagés plutôt qu’un affrontement systématique.

Malgré un ton moins belliqueux, la dimension idéologique du mouvement n’a pas disparu. Qassem a notamment évoqué la situation au Yémen et à Gaza, insistant sur la solidarité avec les causes arabes. Cependant, son message global à destination de Washington repose davantage sur une lecture stratégique des intérêts que sur une rhétorique de confrontation.

Le Hezbollah semble reconnaître que la confrontation directe avec les États-Unis n’est plus aussi viable qu’auparavant. Les pressions économiques, politiques et sociales internes pèsent lourdement sur sa capacité d’action. Ainsi, s’adresser à Trump en tant qu’homme d’affaires pourrait constituer une tentative d’ouverture vers un dialogue indirect, basé sur les logiques de profit et de stabilité régionale.

Dans le cadre de son alignement avec l’État libanais, Qassem a affirmé que « la responsabilité de répondre aux agressions israéliennes incombe à l’État », appelant à une position plus affirmée au sein des institutions internationales. En parallèle, il a rappelé que la résistance ne renonce pas à ses options militaires si l’escalade persiste.

En somme, ce discours marque une tentative de repositionnement du Hezbollah à un moment critique sur les plans régional et national. Une communication qui oscille entre réalisme politique, avertissements diplomatiques, et ouverture calculée vers une nouvelle forme d’interaction avec les puissances influentes.

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