9 vagues en un quart de siècle… l’histoire des protestations en Iran
Les manifestations actuelles en Iran remettent sur le devant de la scène une longue histoire de mouvements de rue, motivés par des raisons diverses au cours des 25 dernières années.
Ces derniers jours, l’Iran a connu de larges protestations, parties du grand bazar de Téhéran avant de s’étendre rapidement aux villes et aux universités, constituant les plus grandes perturbations depuis 2022.
Le mouvement actuel a commencé par un choc économique, après l’effondrement du rial, l’accélération de l’inflation et la montée du chômage, provoquant la colère des commerçants, des détaillants, de la classe moyenne urbaine et des étudiants.
Dans le grand bazar de Téhéran et dans les marchés de Lalehzar et Aladdin, les commerçants ont fermé leurs magasins et sont descendus dans la rue avec un message clair : l’effondrement économique et la mauvaise gestion politique sont indissociables.
Les protestations actuelles présentent des points communs et des différences avec les vagues précédentes. Dans ce qui suit, les principales protestations depuis 1999.
1999 : manifestations étudiantes
De vastes manifestations étudiantes ont éclaté en juillet 1999 après la fermeture d’un journal réformateur.
L’étincelle initiale est partie des résidences universitaires de l’université de Téhéran, puis le mouvement s’est étendu avec la participation de milliers d’étudiants d’autres universités, protestant contre l’irruption dans les dortoirs et les violences signalées durant ces événements.
En quelques jours, les manifestations ont gagné le centre de Téhéran et d’autres villes, avec des heurts, des blocages de routes et des véhicules incendiés, tandis que les slogans politiques montaient en intensité.
Les autorités ont répondu par des mesures sécuritaires étendues, incluant l’usage de la force et des arrestations, mettant fin aux protestations au bout de quelques jours, suivies d’un durcissement envers la presse réformatrice.
2007 : la révolte du carburant
En 2007, l’Iran a connu des troubles populaires après une décision surprise de rationner le carburant pour les véhicules particuliers.
La décision a entraîné des manifestations dans plusieurs villes, marquées par des actes de sabotage, des incendies de stations-service et une forte affluence devant les pompes.
À l’époque, des critiques internes ont visé la manière et le timing de la décision, tandis que d’autres y ont vu une mesure visant à mieux gérer la consommation d’énergie.
2009 : le Mouvement vert
En 2009, une vague massive de protestations a suivi l’annonce des résultats de l’élection présidentielle, qui reconduisait Mahmoud Ahmadinejad pour un second mandat.
Le mouvement est parti de Téhéran avant de s’étendre à d’autres villes et s’est rapidement transformé en un large mouvement populaire connu sous le nom de « Mouvement vert ».
Des centaines de milliers d’Iraniens ont participé, contestant les résultats du scrutin, tandis que les autorités répliquaient par des mesures sécuritaires, incluant l’arrestation de figures réformatrices et d’activistes.
Par la suite, les autorités ont repris le contrôle de la rue, mettant fin à l’un des épisodes politiques les plus marquants de l’histoire récente du pays.
2017 : protestations sociales
Fin 2017, l’Iran a connu des manifestations à caractère social et économique, parties de la ville de Machhad avant d’atteindre Téhéran et d’autres provinces.
Elles sont survenues dans un contexte de détérioration des conditions de vie, de hausse des prix et de chômage.
Les protestataires ont formulé des revendications économiques et des critiques directes des politiques gouvernementales, tandis que certaines zones ont connu des troubles, des actes de dégradation et des affrontements ayant fait des morts et des blessés.
Durant cette période, les autorités ont annoncé des restrictions d’accès à certains réseaux sociaux, expliquant la mesure par la volonté de limiter leur usage pour inciter aux manifestations.
2018 : la crise de l’eau
En 2018, des manifestations ont éclaté dans plusieurs zones agricoles en raison de l’aggravation de la sécheresse et de la crise de l’eau.
Des agriculteurs sont descendus dans la rue après avoir perdu leurs sources d’irrigation, accusant des responsables locaux d’avoir détourné l’eau vers d’autres régions en échange de pots-de-vin.
Ces mouvements se sont accompagnés d’accusations de mauvaise gestion des ressources hydriques, alors que les autorités répondaient par des mesures sécuritaires et des promesses de réformes.
2019 : le retour du carburant
En 2019, des protestations massives ont éclaté après une décision d’augmenter les prix du carburant et de mettre en place un nouveau système de rationnement de l’essence.
Le mouvement s’est rapidement transformé en troubles dans plusieurs villes, incluant des actes de sabotage et des tentatives de cibler des installations pétrolières.
Avec un large déploiement sécuritaire, les manifestations ont été contenues en quelques jours.
2021 : l’eau, encore
En 2021, de nouvelles protestations liées au manque d’eau ont éclaté, notamment à Ispahan, où des milliers d’agriculteurs se sont rassemblés pour réclamer le retour du débit de la rivière Zayandeh Rud.
Le gouvernement a présenté des excuses et promis des mesures, tandis que les autorités attribuaient la crise à une sécheresse sans précédent.
Dans la même période, de petits rassemblements ont été signalés à Téhéran en raison de coupures d’électricité, accompagnés de critiques sur la gestion publique.
2022 : les protestations d’Amini
L’année 2022 a marqué un tournant, les revendications sociales et économiques se mêlant à un mouvement plus large, social et politique.
Outre les protestations liées à l’eau et à la hausse des prix alimentaires, une vague inédite de manifestations a éclaté en septembre après la mort de Mahsa Amini alors qu’elle était en détention.
Ces manifestations se sont caractérisées par leur large diffusion géographique et par l’élévation du niveau des slogans, abordant des questions de libertés et de nature du système politique.
Par la suite, l’intensité des protestations a reculé sous l’effet du déploiement sécuritaire.
